‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 148 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CCXXXIÏL · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CCXXXIÏL

avait été brisé, la conscience pénible dé se voir divisé, en lutte et dans l'incertitude; la conviction que cet état de choses est contraire à la volonté et au commandement de notre divin Maître; une aspiration vers l'unité, une soif de la vérité et un désir ardent de cette divine présence dont se glorifièrent autrefois les vieilles Églises de l'Angleterre. En outre, il y a la conscience que l'Église du Christ ne peut être renfermée entre quatre murs; qu'elle remplit le monde, et que la chrétienté insulaire de l'Angleterre, lors même qu'elle serait parfaitement unie en elle-même, ne peut vivre longtemps séparée du monde chrétien.

Le développement de l'empire britannique et l'extension de l'anglicanisme à ses colonies ont encore plus puissamment réveillé cette aspiration vers une unité plus parfaite. Partout où la religion insulaire de l'Angleterre se présente, elle rencontre une Église et une foi qui l'ont précédée et qui embrassent des îles, des continents, enfin le monde entier dans une intacte unité. Les colonies de la Grande Bretagne agissent puissamment en politique et en religion sur la mère patrie. Elles donnent et reçoivent une influence tendant à modifier et à assimiler tout l'empire britannique à un type, non du passé, mais de l'avenir. La mère patrie a reflété sa physionomie sur ses colonies, et celles-ci transforment aujourd'hui silencieusement, mais sûrement, la mère patrie à leur propre image. Mais ni Tune ni l'autre ne finira par prévaloir. Une autre image et une autre physionomie se reflètent sur les deux. Les grands principes, les axiomes et maximes de notre loi anglaise dérivés des temps catholiques et de l'Église catholique survivent impérissables à la base de notre ordre politique. Ils ont été transmis à nos colonies et ont reproduit dans toutes nos dépendances uue vie politique et sociale homogène à la nôtre. Cette unité des anciens principes semblerait promettre à l'empire britannique un avenir de solidité et de durée, si seulement on pouvait faire disparaître la petitesse insulaire de l'Angleterre. La législation religieuse des Tudors, qui, pendant trois cents ans, a affligé l'Angleterre et persécuté l'Irlande, n'a jamais pu

s'établir dans nos colonies où la religion catholique a toujours été plus libre qu'elle ne Test aujourd'hui en Angleterre et en Irlande. L'abolition des statuts des Tudors est aussi certaine que le lever du soleil de demain.

En Irlande, c'est déjà fait, et en Angleterre cela ne tardera pas. Un esprit de justice et de charité plus large et plus vivant renverse les barrières que la violence humaine avait imposées à la liberté de la foi divine. En cela, nos colonies ont ouvert la voie que la mère patrie doit suivre inévitablement. Nous avons paru paradoxal et provocant lorsque nous avons dit que saint Thomas de Cantorbéry reprenait sa place dans le cœur des Anglais. Mais le fait est certain. Il est mort pour les libertés de l'Église, et les libertés de l'Église, quelle que soit la manière dont elles sont mises en question, se résolvent définitivement et nécessairement en ces deux principes ou axiomes de foi : le premier est qu'aucune autorité humaine émanant de rois, princes, législatures ou codes, ne peut intervenir entre Tàme et Dieu; le second, que cette parfaite liberté de l'âme dans la foi dérive de Dieu, et a pour témoin, guide et gardien, l'autorité divine de son Église.

Le peuple anglais a longtemps professé la première de ces vérités, et la religion établie elle-même, dont toute l'histoire est en désaccord avec ce principe, l'invoque constamment. La moitié du peuple anglais l'a défendu en souffrant sous des lois pénales qui allaient jusqu'à l'emprisonnement et la mort. C'est cette profonde conviction qui a aidé à abolir la religion d'État en Irlande. L'action combinée des colonies, de l'Irlande et de la moitié de la population de l'Angleterre abolira inévitablement et avant peu la religion d'État en Angleterre. Alors, l'empire britannique aura rompu les lisières de son existence politique et religieuse, et il pourra se reconstituer sur une base plus large que l'enceinte comprise entre quatre mers. Il est difficile de voir ce qui pourrait contre-balancer cet empire avec cette foi et cette unité. Le despotisme russe lui-même est sans force pour maintenir l'unité de l'Église grecque. La moitié de la population russe est séparée de la religion établie. Si la liberté

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