‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 150 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CCXXXIil · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CCXXXIil

les plus dévoués et les plus distingués de cette grande nation. Le prince de Broglie, en traitant du désaccord entre TËglise et ]a société moderne, si assidûment prôné par ceux qui désirent exclure TÉgiise de Tordre politique, dit que TÉglise catholique est restée en relation avec la société civile dans tous les pays depuis dix-huit cents ans, « de Constantin à Gharlemagne, de Charlemagne à Charles V, de Charles V à Louis XIV, de Louis XIV à 1789... » « Pourquoi donc y aurait-il une seule date, 1789, où cet esprit de conciliation du Christianisme aurait fait défaut, et une seule société qui serait tenue de faire divorce avec lui pour incompatibilité d'humeur? En réfléchissant sur cette singularité, qui est le véritable problème de notre temps, je ne puis trouver qu'une seule cause à y assigner, c'est le caractère abstrait et philosophique que la société française, par l'organe de ses divers législateurs depuis 1789, a toujours affecté de donner aux principes qui la constituent... » (( La France, ajoute-t-il, est la seule qui, en opérant cette transformation délicate, ait prétendu travailler, non pour une nation en particulier, mais pour toute l'humanité, non pour un temps, mais pour tous les temps... » « La seule chose que je me permettrai donc de faire remarquer, c'est que ce cachet philosophique, imprimé sur toutes nos lois, et qui a passé de là dans nos mœurs et dans notre langage, apporta une complexité jusque-là sans exemple dans les rapports d'un État et d'une société avec la religion chrétienne, et même avec une religion quelconque...

c< Reconnaître les principes de 1789 avec le caractère d'obligation universelle qu'ils affectent, c'est ajouter un appendice au catéchisme et dix ou douze articles au Credo.,. La révolution française, en se faisant philosophe, métaphysicienne, presque théologienne, est entrée elle-même sur le territoire spirituel. C'est une Église qu'elle oppose à une Église, et un Catholicisme nouveau qu'elle veut ou substituer ou associer à l'ancien. — Un concordat ne suffit pas, plus d'un Concile serait nécessaire pour mener à fin une telle opération. Tel est, à mon sens, le nœud véritable du différend qui persiste entre la

âi8 LE CONCILE DU VATICAN.

société française et TÉglise. Notre société ne se borne pas, comme toutes ses devancières, à demander aux fidèles et à leurs pasteurs de payer leurs impôts, d'observjer les lois, de prêter leur concours à Faction régulière des pouvoirs publics; elle exige d'eux sur des points de doctrine, tels que Torigine de la souveraineté, la liberté de la pensée et Tégalité naturelle des hommes, une véritable profession de foi, accompagnée d'une amende honorable pour toute adhésion qui, ailleurs et autrefois, a pu être donnée à des doctrines contraires.

« Il n'est pas très surprenant qu'une grande institution qui a charge d'âmes dans le monde entier, hésite à s'engager envers un symbole d'idées encore assez peu précis pour s'être prêté en cinquante années à la constitution de 91, à la charte de 1830 et au plébiscite de 1852. »

Il fait alors remarquer l'ambiguïté et l'incertitude d'un document qui peut être interprété de quatre ou cinq manières. « Est-ce bien le même principe qui se prête à deux applications si contraires ? Et en matière de liberté religieuse, combien de commentaires aussi n'avons-nous pas? Il y a l'interprétation administrative, qui ne reconnaît d'autres cultes que ceux dont l'État salarie les chefs et fixe la constitution légale... Il y a l'interprétation libérale, beaucoup plus respectueuse pour les droits de l'individu... Il y a l'interprétation révolutionnaire, qui donne libre carrière à tous les écarts de la pensée... Autant d'écoles toutes abritées sous le nom commun de la liberté de pensée, mais dont les docteurs et les disciples, assez intolérants les uns pour les autres, prétendent exclusivement à l'orthodoxie.

(( Mettez, en effet, par la pensée, en présence de nos éléments sociaux encore en effervescence et en lutte, ce même pouvoir reposant sur la base inébranlable d'un dogme nettement défini, et qui a vu s'amonceler à ses pieds les ruines de cent peuples et la poussière de vingt siècles. .. » Il imagine alors un dialogue « entre cet antique pouvoir spirituel et les fils impatients de la France moderne. Que me demandez-vous? semble-t-il leur dire. Que je vive en paix avec vos gouvernements? Mais j'ai déjà

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