‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 151 sur 536 · LIVRE m, DOCUMENT CCXXXIII. 2i · texte numérisé non relu

LIVRE m, DOCUMENT CCXXXIII. 2i

signé avec eux plus d'un concordat, et ce n'est pas moi qui veux les rompre. Que je ne prêche pas Tinsurreclion contre vos lois? Mais je ne fomente la révolution nulle part. Voulez-vous donc que je reconnaisse ces lois comme le couronnement du progrès social, et que je les propose comme telles à l'imitation du monde entier et à l'admiratiou des générations futures ? Voilà ce que vous n'obtiendrez pas. Parlez-moi de charité, de nécessité, d'équité, de faits accomplis à accepter, de droits acquis à respecter, je vous écoute et je vous comprends; mais ne me parlez ni d'idéal ni d'absolu, car l'idéal ne sera jamais pour moi que l'avenir céleste que j'attends, et l'absolu, à mes yeux, c'est la vérité que je représente. On touche ici du doigt le fond même du débat. Si la société française consent à être prise, ainsi que toutes ses devancières, comme un fait mélangé de bien et de mal, imparfait à la mode humaine, la paix avec l'Église se fera, si déjà elle n'est faite; mais si ce qu'elle demande, c'est d'être consacrée et presque canonisée, je doute qu'elle obtienne cette faveur. Tous les avocats du monde, habiles ou ardents, passionnés ou puissants, hommes d'état ou sectaires, y perdront leur peine et leur éloquence *. »

Ces paroles profondes et justes sont suffisantes pour montrer à tous le peu de fondement et la faiblesse des craintes de ces politiques qui affectent, en France, de croire que le Concile œcuménique rendra quelques décrets incompatibles avec les véritables bases de la société civile. Et certainement aucun politique français n'admettra que les principes de 4789 sont en dehors de ces bases du droit politique.

Nous avons cependant une preuve, qui a aujourd'hui atteint l'autorité d'un fait historique très frappant. Il y a environ dix ans, un jeune prêtre français, professeur d'histoire ecclésiastique au séminaire de Langres, M. Léon Godard, publiait un petit traité : Les Principes de 89 et la Doctrine catholique. Son but était d'écarter, s'il était possible, la contradiction supposée entre les principes de 89 et ceux de l'Église chrétienne, but sage

4. Bévue des Deux Mondes, février 1869 : Le Christianisme et la société, par Albert de Brogije, p. 546-5o3.

et charitable auquel nous sommes tous chaque jour invités , je puis même dire provoqués, par les cris tour à tour de perplexité et de défi qui nous viennent de nos amis et de nos ennemis.

Dans une matière si difficile et si en butte aux préjugés des hommes, il n'est pas étonnant qu'un jeune prêtre ait écrit de façon à prêter le flanc à de justes critiques. Avec le véritable esprit d'un catholique et d'un chrétien, il se rendit immédiatement auprès du Saiut-Siège et se soumit, ainsi que son livre, à la censure de Rome. Le livre fut soumis parla suprême autorité à Texamen, et une édition corrigée et augmentée fut imprimée à Paris en 1863, avec l'autorisation des censeurs romains et une lettre vraiment paternelle et consolante de TÉvêque de Langres. Dans cette lettre sont citées les paroles du doyen des théologiens romains à TËvêque. Les voici textuellement : Quod quidem, opusper aliquot ex romanis theologis, severiorem ad trutinam revocatum, nil prorsus docere quod fidei catholicse dogmatibus adversetur, iisdem compertum est, qua de re in lucem edi posse haud perperam censuerunt.

Je me rappelle avoir vu une fois à Rome M. Léon Godard, pendant que l'on examinait son livre. Il paraissait complètement malade et anxieux. Sachant combien il avait soufifert des censures qu'il avait encourues, je ne pus que lui exprimer la sympathie que tout catholique éprouve pour ceux qui donnent un si noble exemple de soumission et de sincérité. Peu de temps après la nouvelle m'arriva que M. Léon Godard était parti pour un monde où il n'y a aucun nuage sur la vérité, ni aucune erreur parmi les serviteurs de Dieu.

A la fin de son ouvrage, M. Léon Godard s'exprime ainsi : « Telle est notre profession de foi à l'égard des principes de 89. Nous croyons qu'ils ne contredisent aucune décision de l'Église catholique, apostolique et romaine, au jugement de laquelle nous nous soumettons sans réserve ; et nous sommes convaincu qu'ils sont en harmonie, sous le rapport des opinions, avec le sentiment des docteurs les plus accrédités dans l'Église et dans l'école... Si donc notre plume n'a pas trahi notre pensée, on

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