‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 152 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT GGXXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT GGXXXIII

reconnaîtra qu^il n'y a rien de commun entre nos doctrines et celles qui caractérisent le faux libéralisme...

« Nous maintiendrons les principes de 89 inscrits dans la constitution de notre pays, mais avec toutes les explications que nous avons données et que nul n'a le droit de repousser : par la raison, nous l'avons dit, que 89 est une époque à double face, Tune bonne, l'autre mauvaise ; Tune libérale au sens légitime de ce mot, et l'autre révolutionnaire. La tactique de nos adversaires est de nous amener à renier complètement celte date, pour nous accuser ensuite de vouloir le rétablissement de Tancien régime avec tous les abus et le renversement des lois actuelles. Cette tactique, nous la déjouerons et nous n'abandonnerons pas un pouce du terrain que nous avons avantage à défendre et droit de conserver *. »

L'ouvrage de M. Léon Godard contribuera pour beaucoup à dissiper les craintes et à prévenir les erreurs de certains politiques et écrivains politiques en France. Il montrera que ni le Concile, ni le Syllabus^ interprétés, non par des individus, mais par le Saint-Siège, ne peuvent éveiller les craintes, et, pour employer un mot familier, devenir Tépouvantail que Ton redoute en certains lieux.

IL De l'opportunité de définir l'infaillibilité pontificale.

Nous entendons dire de tous les côtés que le Concile définira telle ou telle doctrine comme dogme; on nous assure aussi que la modération des plus sages empêchera ces définitions. Nous apprenons principalement, surtout de ceux qui sont en dehors de Tunité de l'Église, mais sur de prétendues communications des plus instruits et des plus distingués, aussi bien que des plus sages et des plus modérés parmi les Évêques et les théologiens de rÉglise catholique, que ceci sera et que cela ne sera point traité par le Concile œcuménique.

Je n'ai pas besoin de vous faire observer, chers et révérends

t. Les Principes de 89 et la Doctrine catholique, par M. l'abbé Léon Godard. Paris, Jacques Lecoffre.

frères, que toutes ces confiantes assurances ne sont que des illusions plaisantes. Personne ne sait ce qui est en préparation, à l'exception de ceux qui sont admis à Tœuvre de tailler la besogne au Concile, et ceux-là sont tenus au secret envers le Pontife. On ne peut donc rien savoir d'eux ni des autres, on ne peut rien apprendre. Comme dit saint Augustin : Nemo dare potest quod non habet. Nous pouvons donc rejeter toutes ces communications confidentielles.

Mais en outre, ceux qui croient, comme nous, qu'un Concile œcuménique délibère et décrète avec une assistance sur laquelle le parti pris humain, les calculs politiques, les intérêts privés, les rivalités de controverse et les erreurs humaines n'ont aucunement le pouvoir de prévaloir, n'auront aucune anxiété et aucune prédisposition à exprimer. Si le Concile décide quelque chose contrairement à leur jugement préalable, ils se réjouiront d'être corrigés par un guide infaillible ; s'il s'abstient de se prononcer sur des matières sur lesquelles ils supposaient auparavant qu'une décision serait opportune, même nécessaire, ils se soumettront de tout leur cœur au jugement, et croiront que cette décision n'était ni nécessaire ni même opportune. Tous les catholiques attendront le résultat définitif du premier Concile tenu au Vatican, dans ce sentiment de soumission parfaite provenant de la foi dans l'assistance perpétuelle et infaillible du Saint- Esprit. Toute cette chaleureuse anxiété, quant aux décrets, est le fait d'esprits habitués aux discussions des assemblées qui peuvent errer, ou aux débats des parlements dans lesquels les partis ont le dessus. Mais ceux qui croient avec une foi robuste que les actes du prochain Concile* quels qu'ils puissent être, ne seront pas seulement infailliblement vrais, mais sages et opportuns, et que le résultat, quel qu'il puisse être, posera une règle de foi en matière de croyance et une règle de pensée et de jugement en matière de prudence, ceux-là n'auront ni anxiété ni désir violent pour tel ou tel résultat.

Ils resteront dans un équilibre complet d'esprit et de volonté, prêts à accepter avec promptitude et joie, comme les plus sages et les meilleurs, tous les décrets quels qu'ils soient.

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