LIVRE IIÎ, DOCUMENT CGXXXIII
n. Cela est certain; aussi allègue-t-on d'autres motifs. Il y a deux raisons pour lesquelles l'Église, dès le commencement, a défini les doctrines de foi : Tune pour les rendre claires, définies et précises; l'autre, pour les réaffermir et les défendre quand elles ont été mises en question. Si Tinfaillibilité du Chef visible de l'Église n'avait jamais été niée, il pourrait n'être pas nécessaire de la définir aujourd'hui. La véritable doctrine de la justification n'a jamais été définie avant d'avoir été niée. La nature de l'inspiration n'a pas encore été définie, mais la négation qui commence à se répandre pourra l'exiger un jour. Or, l'infaillibilité du Pontife romain a été niée. Sa définition est donc devenue nécessaire. Nous affirmons qu'elle n'a jamais été formellement niée avant l'époque du Concile de Constance, et que la négation moderne de cette vérité rend sa définition indispensable. On nous objecte que la négation est beaucoup plus ancienne, et que, de nos jours, elle est plus répandue qu'on ne pense. S'il en est ainsi, cela ne rend que plus nécessaire la définition. Ceux qui, pour rendre la doctrine douteuse ou la prouver fausse, représentent sa négation comme ancienne et répandue, augmentent en proportion la nécessité de la déclarer par un décret dogmatique. Une négation comme celle émanée de la soi-disant assemblée du clergé français en 1682 suffirait amplement à prouver que la définition est opportune.
IIL La négation de l'infaillibilité du Pape a déjà engendré de grands doutes sur la vérité de la doctrine. On nous demande pourquoi, si la doctrine est révélée, nous la laissons nier? Si nous n'en doutons point, pourquoi ne pas mettre fin aux doutes en la déclarant vraie? Il est certain que non seulement les protestants croient la doctrine de l'infaillibilité du Pape en question parmi les catholiques, mais encore que des catholiques sont tentés de croire qu'elle est douteuse théologiquement et nest par conséquent pas révélée; ils la regardent comme inconciliable avec l'histoire; ils y voient une exagération moderne venant de l'adulation des courtisans et de l'ambition des Papes. En France, la négation est devenue le gage de
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rindépendance politique. En Angleterre, quelques catholiques sont étourdis et effrayés par les assertions prétentieuses d'na enseignement faussé et la critique historique d'écrivains anonymes, au point de douter ou d'éprouver une fausse honte à croire une vérité pour laquelle leurs pères sont morts. Le contact des catholiques d'Angleterre avec ceux de France, bon et avantageux comme il l'a été, a cependant introduit parmi nous des livres et des façons de penser provenaut.de Técole gallicane. Ainsi s'est répandue l'opinion que l'infaillibilité du Pape, tout en pouvant être vraie, est néanmoins douteuse; et ce doute, latent et inoffensif, comme il peut l'être dans des esprits pieux et simples, qui n'ont jamais été mis à l'épreuve et qui, au cas où ils le seraient, iraient instinctivement dans la bonne voie en dépit de perplexités intellectuelles, est plein de danger dans un esprit inquiet et actif, surtout en* pays protestant, au milieu d'une foule de controverses. L'admission d'un doute dans toute doctrine révélée est fatale à la foi dans cette doctrine.
IV. Non seulement il semble opportun que cette doctrine soit mise à l'abri de tout doute par un décret dogmatique, mais on peut dire que ce décret est spécialement opportun à cette époque, parce que la négation formelle et systématique de la vérité en question a paru depuis le dernier Concile général.
Cette assertion peut, à première vue, paraître en désaccord avec l'affirmation commune des théologiens, que la négation de l'infaillibilité du Pontife romain a pris jour dans les circonstances du Concile de Constance. On doit noter à ce sujet deux périodes distinctes. Du Concile de Constance au Concile de Trente, cette négation était confinée aux opinions d'une poignée d'hommes et aux discussions des écoles en France. Elle était si peu connue ailleurs que, lorsque l'Église se réunit au Concile de Florence, elle rendit, sans hésitation, son célèbre décret sur les prérogatives du Pontife romain comme pasteur universel et docteur de l'Église. Néanmoins, l'opinion erronée se traînait depuis l'époque de Gerson, Pierre d'Ailly et Almaia, dans ce que Marca appelle la Vieille Sorbonne, pour la disting-uer de la Sorbonne de son temps. Il est donc certain qu'avant le