LIVRE III, DOCUMENT GCXXXIII
Concile de Trente cette opinion n'avait pas pris la forme systématique et élaborée que lui ont donnée l'assemblée de 1682 et ceux qui ont défendu les quatre articles. Cette forme moderne et dogmatique de la négation de Tinfaillibilité du Pape ex cathedra^ a été complétée au xxu° siècle, c'est-à-dire depuis le dernier Concile général.
Y. Maintenant, si le prochain Concile général s'assemble et se sépare sans prendre note de cette négation, on pourra peut-être en tirer une ou deux conséquences. On pourra prétendre que le gallicanisme a trouvé place parmi les opinions tolérées, ou tout au moins qu'on peut le suivre avec impunité. Je ne vois rien qu'on puisse répondre à cela. C'est à peine si l'on pourrait dire que l'on n'a pas jugé opportun de s'occuper d'une négation aussi grave contre une doctrine universellement enseignée hors de la France^ ni de mettre à exécution les actes d'Alexandre VIII, d'Innocent XI et de Pie IX, qui l'ont formellement censurée. Qui tacet consentire videtiir,
VI. On ne peut pas soutenir que la négation de l'infaillibilité du Souverain Pontife soit obscure, discrète, latente. Elle est patente, notoire, importune et organisée. Elle existe, non plus avec puissance, comme autrefois en France, mais elle existe toujours ; ses racines sont encore dans le sol et vivaces. Elle existe dans une poignée d'esprits actifs et hostiles en Angleterre et en Allemagne, et elle a été relevée par les protestants des deux pays comme une arme de controverse ou d'injure contre l'Eglise catholique et spécialement contre le Saint-Siège. Leur seul espoir est de trouver ou d'inventer une division parmi nous. Leur principale politique est de fomenter toute divergence pour en faire un conflit. Il ne peut y avoir le moindre doute que le gallicanisme ne leur offre le moyen d'attaquer le plus avantageux. Les catholiques sont visiblement unis sur toutes les doctrines de foi, même sur l'Immaculée Conception ; mais sur l'infaillibilité du Pape, le gallicanisme a causé une divergence que les protestants pensent ou prétendent être une contradiction dans la foi. L'action combinée du gallicanisme en dedans de l'Eglise et du protestantisme au dehors a donné depuis deux
siècles, et surtout en France et en Angleterre, à cette opinioa j
erronée une notoriété qui la fait sortir de la catégorie des erreurs imparfaites et innocentes que l'on peut laisser s'évaporer ou \
s'absorber. Elle s'est inscrite elle-même dans l'histoire de l'Église, et elle y restera jusqu'à ce qu'elle soit définitivement ,
condamnée par l'Église. j
YII. La prudence demanderait la condamnation de tonte |
erreur notoire qui peut plus tard produire de mauvais effets ; mais la négation de l'infaillibilité du Chef de l'Église a déjà produit de mauvais effets ; néanmoins, tant qu'aucune condamnation n'aura été prononcée contre l'erreur, elle passera toujours pour une opinion tolérée. L'impunité est prise pour ua acquittement. Les fidèles ne voudront jamais croire qu'il soit mal de faire ce qu'ils voient faire tous les jours, et même par des ecclésiastiques, sans stigmate de censure. Us ne savent pas que trois Papes ont condamné la négation de leur infaillibilité ; ou, s'ils le savent, ils peuvent dire avec raison : « Nous ne sommes pas obligés de croire à l'infaillibilité du Pape, la condamnation de la négation de cette infaillibilité ne prouve donc rien. S'il est infaillible, pourquoi ne nous le dit-on pas? S'il n'est pas infaillible, où est le mal de le dire ? L'effet de ce raisonnement fait un grand tort à l'autorité de l'Eglise en matière de doctrine. Quand il est affirmé que l'Écriture et la Tradition, la raison théologique, les actes des Conciles, les déclarations des Pontifes attestent tous l'infaillibilité du Vicaire de Jésus-Christ parlant ex cathedray que trois Pontifes en ont condamné la négation, que le consensus des théologiens, à quelques-uns près, et sauf une école transitoire et nationale, parlent tous de même, on nous demande immédiatement : « Pourquoi, alors, est-il permis de la nier? Ce que l'on peut faire avec impunité ne saurait être mal. Là où il n'y a pas de loi, il n'y a pas de transgression. » On peut sans doute faire à ce raisonnement une réponse péremptoire, mais il n'est pas toujours facile de la faire accepter.
Vin. En outre, l'existence prolongée de cette erreur entretient une désunion théologique et pratique dans l'esprit et le