LIVRE III, DOCUMENT CGXXXIII
doctrine de l'infaillibilité. La vertu de la foi divine a pour motif formel la véracité de Dieu, et pour moyens ordinaires de connaître les révélations de Dieu, la proposition de TÉglise. Mais si l'auteur de cette proposition est faillible, la certitude d'où nous vient cette révélation ne peut être divine. L'Église, par l'assistance divine du Saint-Esprit, est infaillible, et la certitude des vérités proposées par lui, comme, par exemple, l'Immaculée Conception, ne pouvant être divine, est faillible; par suite, étant faillible, elle ne peut exclure le doute, et, pour cette raison, elle n'engendre pas la foi. Oîi est la foi, le doute ne peut exister, et où règne le doute, la foi cesse. Le traité de la foi divine reste donc incomplet tant que l'infaillibilité du proclamateur n'est pas nettement définie.
Xn. Il en est de même quant au traité De Ecclesia. L'infail^ libilité de l'Église dispersée ou réunie est une matière de foi nécessaire. L'infaillibilité de dix-huit Conciles généraux dans lesquels l'Église s'est réunie est aussi d'une foi nécessaire. Mais l'Église, depuis dix-huit siècles, a fait une foule d'actes par l'entremise de son Chef seul. Ces actes sont-ils oui ou non infaillibles? Par exemple, la déclaration du péché originel par Innocent I", du canon des saintes Écritures par le Pape Gélase, etplus récemment de l'Immaculée Conception par Pie IX. Qu'enseigne le traité De Ecclesia quant au Chef de l'Église et à ses prérogatives? Ses déclarations et ses condamnations en matière de foi et de morale sont-elles faillibles ou infaillibles? La question a été formellement posée et elle est éminemment pratique. Jusqu'à ce qu'elle soit résolue, le traité De Ecclesia est incomplet. XIII. L'importance pratique de cette question se manifestera immédiatement en rappelant que, depuis trois cents ans, les Pontifes ont élaboré et expressément condamné une longue série de propositions en théologie et en philosophie. Les thèses condamnées sont très nombreuses. Ces condamnations sontelles faillibles ou infaillibles? Exigent-elles de nous l'assentiment de la foi basé sur l'autorité divine dont elles émanent, ou sont-elles de vénérables paroles, méritant toujours notre respect avec notre assentiment si elles nous conviennent, avec
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notre silence si elles ne nous conviennent point. L'Eglise a-t-elle depuis trois cents ans pris par erreur des décisions, et accepté des vraisemblances pour des certitudes, et cela en matière de foi et de mpralité, en y comprenant l'absolution des péchés? Ceux qui nient l'infaillibilité des Pontifes ont ici une rude tâche pour concilier leur théorie avec la fidélité à la conscience et à la vérité.
XIV. Mais passons de la région de la théologie à celle de la politique. On a besoin de la définition de l'infaillibilité du Pontife parlant ex cathedra pour chasser des âmes catholiques l'esprit exagéré d'indépendance nationale et d'orgueil qui, dans ces derniers siècles, a si profondément affligé l'Église. S'il existe quelque chose qu'un catholique anglais doive savoir, c'est l'influence subtile et furtive par laquelle l'esprit national envahit et s'assimile l'Église, ainsi que les fruits amers de l'hérésie et du schisme qu'entraîne naturellement cette assimilation.
L'histoire d'Angleterre, de saint Thomas de Cantorbéry à Henri YIII, est une série de sérieux empiétements du pouvoir civil sur la liberté de l'Église dans toutes ses opérations, dans ses possessions, sa discipline, ses élections, ses tribunaux, ses appels et sa juridiction. Toute l'Église anglaise se chargea et se satura de l'esprit séculier; son esprit s'obscurcit et sa volonté fut trahie, jusqu'à ce qu'enfin, sous Henri YIH, sa résistance fut vaincue par quelques actes d'intimidation. Elle tomba dès lors complètement sous la puissance de la couronne. Le schisme une fois complet, l'œuvre d'hérésie était inévitable, et on la poursuivit à loisir. Telle pourrait aussi avoir été l'histoire de la France, de Charles VH à Louis XIV. La monarchie française pesait sur l'Église de France. On poursuivait fermement le système de soumettre les libertés ecclésiastiques aux parlements et aux tribunaux du pays ; mais l'Église d'une grande nation ou plutôt d'une aggrégation de nations en contact fréquent et en affinité avec le Saint-Siège, avec la mémoire et même l'influence présente d'Avignon au milieu d'elle, ne pouvait succomber sous un maître royal, comme l'Eglise d'une île éloignée et détachée de Rome a cédé sous la violence d'un tyran couronné.