LIVRE m, DOCUMENT CCXXXIII
La graude Église de France a été réellement par ses traditions nationales conduite sur le bord de l'afaîme, mais elle n'a jamais franchi la limite. Le nationalisme anglais est devenu le schisme anglais. Le nationalisme français s'est arrêté aux articles gallicans.
La réformation anglaise n'a eu aucun danger pour l'Église catholique ; elle restait en dehors, à. la fois hérésie et schisme. Le gallicanisme est, dans son sein, ni hérésie ni schisme. C'est uoe forme très séduisante de Catholicisme national, qui, sans rompre l'unité ou violer positivement la foi, satisfait l'orgueil inhérent à toutes les grandes nations et encourage la puissance civile à patronner l'Église locale par une tutelle fatale à sa liberté.
D est donc certain que le gallicanisme est plus dangereux pour les catholiques que l'anglicanisme. Ce dernier est une plaie qui ne peut nous atteindre ; le premier est une maladie qui peut se gagner aisément. Le gallicanisme est aussi la dernière forme de régalisme encore subsistante dans l'Église. L'impérialisme de Constantinople et celui d'Allemagne sont finis. Le temps les a fait tomber en désuétude, et, par suite, rendus impossibles. Les prérogatives ecclésiastiques du moyen âge, en Europe, ont également expiré avec l'unité religieuse qui seule en faisait la justice. Mais l'unité de la nation française rendrait encore impossible l'existence d'inÛuences et de réclamations incompatibles avec la liberté de TÉglise. Tout ce qui inspire l'idée d'Églises nationales et indépendantes, k part quelques relations vitales avec le Saint-Siège, surexcite puissamment un esprit qui est loin d'être filial.
Un Ëpiscopat qui dépend aussi peu que possible du Pape engendre'des troupeaux dépendant aussi peu que possible de l'Épiscopat. Je ne dis pas que ce soit aujourd'hui l'esprit du noble et catholique peuple de France; mais je ne pense pas aller trop loin en disant que telle est la définition du' gallicanisme et de l'esprit et des tendances qu'il engendre. Tant que les articles de 1682 seront maintenus comme la pierre de touche de l'orthodoxie, leur esprit et leurs tendances subsisteront.
Quand ces articles seront enterrés, un des germes les plus funestes du régalisme aura disparu.
En parlant de la France, je crois de mon devoir de vous mettre en garde contre un malentendu qui parait (contrairement, je le crois, à toute raison et à toute justice) être provenu de quelques mots que je vous adressai, chers et révérends frères, il y a deux ans, dans une pastorale sur le dix-huitième centenaire du martyre de saint Pierre.
Parlant de la suprématie du Siège de saint Pierre, il m'était impossible de laisser le gallicanisme de côté, mais j*ai essayé d'éviter de blesser par le plus léger mot les instincts profondément catholiques de nos frères de France. Plusieurs de ses lils les plus éminents, tant ecclésiastiques que laïques, m*ont affirmé que mes paroles de cette époque ne pouvaient nullement faire croire de ma part à un manque d'affection et de chaleureuse vénération pour TÉglise de France, dont l'histoire est si glorieuse pour ses martyrs, ses confesseurs et ses saints, si fertile en exemples de fidélité au Saint-Siège et de charité pour le genre humain. Non seulement je me reprocherais, mais encore je regarderais comme un grand crime contre rhumilité, la charité et la justice, si j'avais parlé ainsi ; je tiens donc à déclarer ici que, si quelque parole de moi parait manquer de vénération et d'admiration pour le peuple et l'Église de France, on ne pourra m'attribuer d'autre faute qu'un jinanque d'adresse en traitant un sujet aussi délicat, mais inévitable.
Je fais ici cette déclaration en guise de préface à ce que je vais ajouter. Dans ma pastorale de 1867, en vous rappelant l'histoire du gallicanisme, je m'exprimais ainsi : « Lecalme ou l'insouciance avec lesquels le gallicanisme est quelquefois présenté comme une opinion pouvant être suivie sans blâme par les catholiques, et une base sur laquelle les Églises peuvent se réunir sous l'égide de Bossuet, et comme le cachet de la modération catholique en opposition aux excès ultramontains, rendent nécessaire de tracer son histoire. Le gallicanisme n'est autre chose qu'une opinion modérée et de transition, née ea France, sans traces ni vestiges dans les anciennes écoles théolo-