LIVRE ni, DOCUMENT CCXXXIII
hérétique et enseigner l'hérésie... Telle est l'opinion de tous les hérétiques et spécialement de Luther et de Calvin.
« La seconde^ que le Pontife, même comme Pontife, peut être hérétique et enseigner Thérésie, s'il définit sans un Concile général. Telle est l'opinion de Nilus et des grecs plus récents, de Gerson, d'Âlmain et autres.
« La troisième^ que le Pontife ne peut, en aucune manière, être hérétique, ou enseigner publiquement l'hérésie, même en donnant seul une définition : ce qui est l'opinion de Pighius (liv. IV, chap. m, de la Hiérarchie ecclésiastique),
« La quatrième^ qui flotte entre ces extrêmes, est que le Pontife, personnellement hérétique ou non, ne peut, en aucun cas, définir quelque chose d^hérétique en l'imposant à la croyance de toute l'Église. « Ceci est l'opinion la plus commune chez presque tous les catholiques » , comme le dit saint Thomas. « De ces quatre opinions, la première est hérétique ; la seconde n'est pas à proprement parler hérétique, nous la voyons encore tolérée dans l'Église ; néanmoins, elle paratt être complètement erronée et voisine de l'hérésie. »
Il faut se rappeler que Bellarmin écrivait ceci avant que les quatre articles de 1682 eussent été rédigés ou censurés.
<c La (roisième opinion est probable, mais non certaine.
« La quatrième opinion est très certaine et doit être affirmée^. »
Bellarmin, quelques années plus tard, revoyait ses Controverses et écrivait, sur ce point, ce qui suit :
a Cette opinion (la quatrième) est plutôt le jugement commun des catholiques ; car opinion implique incertitude, et nous tenons ce jugement pour certain. » Et plus loin : « Je dis que l'opinion de ceux qui enseignent que l'infaillibilité de jugement réside, non dans le Pape, mais dans le Concile général, n'est pas complètement hérétique, mais erronée et frisant l'hérésie. Nous ne nous aventurons pas à dire que cette opinion est pleinement hérétique, parce que l'Eglise n'a pas condamné ceux
i. Bkllarmin, Contre, de Summo Pontif.^ lib. IV, cap. ii,
qui la professent ni leurs ouvrages. Néanmoins, elle nous semble si manifestement erronée qu^elle pourrait, ajuste titre, être déclarée hérétique par le jugement de l'Église. »
Dans la pastorale de 1867, j'ai produit un grand nombt*e d'autorités, et les citations suffisent pour éclaircir les étfanges malentendus et repousser les fausses interprétations des adversaires.
Les mots ex cathedra excluent tous les actes du Pontife comme particulier ou comme docteur privé, et ils bornent le caractère d'infaillibilité à ces actes qui sont promulgués par celui qui occupe la Chaire de l'autorité suprême, comme docteur universel de l'Église pour la foi et la morale.
Des personnes désirant empêcher la définition de cette doctrine plutôt par une opposition séculière que par des raisons théologiques nous ont dit dernièrement qu'il y avait une vingtaine d'opinions quant aux conditions exigées pour rendre authentique une parole du Pontife ex cathedra. Je crois pouvoir affirmer qu'on n'exige pas d'autre condition que celle-ci : Que les actes de doctrine soient publiés par le Pontife comme docteur universel, avec l'intention de demander l'assentiment de l'Église* .
Telle est l'opinion sur laquelle je me baserai uniquement dans les pages suivantes en employant le terme ex cathedra.
Il est bon de remarquer que le quatrième article gallican diffère des opinions citées plus haut, en ce qu'il affirme que les jugements du Pontife romain sont susceptibles de révision tant qu'ils n'ont pas reçu l'assentiment de l'Église, soit réunie, soit dispersée, avant ou après la sentence.
Les gallicans maintiennent l'infaillibilité du Siège de Pierre, mais non l'infaillibilité de son successeur.
\ , Cela ne peut être mieux exprimé que par ces paroles de F. Franzelin, professeur de théologie dogmatique au collège de Rome : t Sive Concilio, sive Pontifici infallibilitatis charisma compctit, quando el quatenus, ut divinitus constitutus magister Ecclesiœ, intendit definitiva sententia docere Ecclesiam univa^sam auctoritate postulante consènsum in yeritatem propositam.
« Locutio ex cathedra nihil est aliud quam descripta propositio authen-