LIVRE III, DOCUMENT CCXXXIII
La tradition de l'Église, en refusant de séparer le Siège du successeur de Pierre, affirme Tidentité, et par suite Tinfaillibilité des deux.
Dans le but de simplifier la question, j'ajouterai que per* sonng aujourd'hui ne soutient la nécessité d'ua Concile général. Les rédacteurs des quatre articles de 1682 étaient trop intelligents pour soutenir la nécessité de l'assentiment de l'Église réunie en Concile pour rendre infaillible une déclaration du Pontife. Us se bornaient à demander le consentement de l'Église dispersée. Mais il serait difficile de montrer la trace de cette opinion dans la tradition de l'Église. Elle est l'inverse de la croyance et de la pratique de l'Église. Il ne sera pas difficile de montrer, même dans les étroites limites d'une pastorale, que la tradition de l'Église n'est pas de soumettre l'enseignement du Pontife à l'assentiment de l'Église, mais de prendre la doctrine des Pontifes comme le critérium de la doctrine de l'Église. La tête parlait pour le corps tout entier, et les paroles de la tête étaient le témoignage de ce que le corps croyait et enseignait. Il n'est pas besoin d'ajouter que, pour constituer un article de foi, deux conditions sont nécessaires : Tune intrinsèque, l'autre extrinsèque; la première, que la doctrine, pour être définie, soit contenue dans la Révélation ; la seconde, qu'elle nous soit proposée par l'Église comme révélée.
S'il est une chose dont toute la tradition de l'Église peut témoigner, c'est la stabilité dans la foi du Siège et du successeur de Pierre.
S'il existe quelque chose non encore défini, et néanmoins proposé comme de certitude divine par la constante tradition de l'Église, soit dispersée, soit réunie, c'est que l'Église romaine et son Pontife sont, par ordonnance divine, une autorité infaillible en interprétant la foi et en exposant la loi de Dieu.
Il est maintenant complètement impossible de faire plus que de tracer une esquisse du sujet. Je veux essayer de le faire et de montrer que la doctrine en question a déjà franchi les
tica doctrinse. Quid enim est cathedra apostolica nisi supreraum authenticum magisteriam pro universa Ecclesia ? »
périodes historiques qui marquent les procès vers une définition finale.
Regardons, par exemple, l'histoire de la doctrine de Tlmmaculée Conception. Cette vérité était pleinement contenue, mais seulement d'une manière implicite, dans la croyance universelle de l'Eglise en Orient comme en Occident, surtout ce qui concerne Tabsence de souillure et la prééminente sanctification de la Mère de Dieu. Ceci constitue la première période d'une croyance non analysée. Cette doctrine était professée et rappelée d'année en année par la fête de rayia(r(jioc, ou sanctification de la bienheureuse Vierge. La seconde période a été celle d'tmalyse imposée à l'Église par l'hérésie de Pelage et provenant aussi de l'action intellectuelle, légitime et inévitable des fidèles en matière de foi. La fête de la sanctification de la bienheureuse Vierge devint légitimement la fête de l'Immaculée Nativité. La troisième période a été celle de la définition, pendant laquelle l'opinion qui s'arrêtait à l'Immaculée Nativité et celle qui en déduisait l'Immaculée Conception ont lutté jusqu'à ce que l'une se i^oit assez affaiblie pour perdre toute probabilité, tandis que l'autre s'affirmait de manière à arriver à la certitude. L'Immaculée Conception fut alors définie et proposée comme article de foi.
La doctrine de Tinfaillibilité de l'Église, bien que n'étant pas encore définie, se trouve partout dans l'histoire entière du Christianisme. Elle a également des périodes distinctes, marchant fermement vers une définition. Mais on verra que l'infaillibilité du Chef visible de l'Église est intrinsèquement nécessaire à l'infaillibilité de l'Église. On peut en tracer les mêmes périodes de simple croyance, d'analyse et de définition. La première, pendant laquelle la croyance à l'infaillibilité de l'Église et du Pontife embrassait le monde entier, en Orient comme en Occident. Cette croyance était non seulement professée, mais réduite en pratique dans Paction publique de l'Église ; et, dans chaque acte public ou autoritaire enregistré par l'histoire, Tinfaillibilité de l'Église est déclarée s'appuyer sur la stabilité dans la foi de l'Église romaine, ou du Siège de Pierre, ou du Siège aposto-