LIVRE m, DOCUMENT GCXXXIIl
Saint Pierre Chrysologue écrit à Ëutychès qui avait demandé son jugement sur sa doctrine : « En toutes choses je vous exhorte, vénérable frère, à vous conformer avec obéissance aux choses qui ont été écrites par le bienheureux Pape de la ville de Rome, parce que le bienheureux Pierre qui vit et préside dans son propre Siège offre la vérité à ceux qui la cherchent. Par suite, pour Pamour de la paix et de la foi, nous ne pouvons juger des causes de foi sans le consentement de TÉvèque de la ville de Rome. * »
Et ici nous pouvons nous arrêter. Nous sommes parvenus à une période d^unité indivise où le monde entier regardait le Siège de Pierre comme la source de Tautorité suprême en matière de juridiction et de foi. Les deux clefs de la juridiction et de la connaissance intrinsèquement inséparables sont ici visibles dans les mains de Léon. Les deux grandes prérogatives de Pierre : « Paissez mes brebis », et : « J'ai prié pour toi pour que ta foi ne défaille pas », sont aussi explicitement reconnues dans le Concile de Chalcédoine qu'elles le sont pour nous aujourd'hui. Je m'abstiens de citer les témoignages des Pères individuellement. Saint Augustin et saint Optât m'en fourniraient en abondance. Mais j'ai essayé d'exhiber la tradition de l'Église dans la pratique publique et autoritaire. Je crois impossible de méconnaître que, dans tous les siècles que nous avons passés en revue, il y a eu une tradition constante, universelle et invariable de la stabilité de la foi dans le Siège et dans le successeur de saint Pierre.
Ce fait répandu dans le monde entier nous donne la véritable interprétation et la valeur du motif de saint Irénée : « Ad banc euim Ecclesiam, propter potiorem principalitem, necesse est omnem convenire Ecclesiam, in qua semper ab bis qui sunt undique, conservata est ab Apostolis traditio*. »
Si quelqu'un répond que ces témoignages ne prouvent pas rinfailUbilité du Pape parlant ex cathedra^ il perdra son temps.
Je les présente pour prouver la pratique immémoriale et
1. Ep. Peiri Chrys. ad Eutychem, inter Opéra S. Leonis, p. 779.
2. S. Ihen., adv. Hxr.y lib. III, c. u, sec. 21, noi. 27, edit. Ven., 1682.
universelle de l'Église, d'avoir recours au Siège apostolique comme le dernier et certain témoin et juge de la divine tradition de la foi. Personne ne niera cette preuve, je le crois. Même ceux qui regardent Honorius comme hérétique ne se sont jamais aventurés à encourir la condamnation de Pierre d'Osma qui affirmait que « TÉglise de Rome peut errer ». Les gallicans de 1682 eux-mêmes faisaient profession de croire à Tinfaillibité du Siège, tout en affirmant que celui qui l'occupait était faillible. Nous avons donc ainsi la ligne des témoignages remontant du Concile de Constance au v® siècle, ou plutôt à Tépoque des quatre premiers Conciles généraux, c'est-à-dire quand l'Orient et l'Occident étaient encore unis au Siège et au successeur de Pierre. On ne peut pas trouver dans ces mille années la pensée que soit le Siège, soit le successeur de Pierre, puisse faillir. Ayant tout frais à la mémoire les événements d'Honorius\ les Pères du troisième Concile de Constantinople applaudirent à la déclaration d'Agathon de l'orthodoxie inviolée du Siège et du successeur de Pierre. En cela l'Orient et l'Occident étaient unis. Nous avons même plus que cola dans la formule d'Hormisdas. Le Pontife romain imposa aux Évèques orientaux la souscription d'une profession dont la base explicite est l'orthodoxie du Siège et du successeur de Pierre, et les Évèques orientaux obéirent et signèrent. Il faut également observer qu'ils le firent dans la foi de la promesse faite à Pierre. Pendant ces mille années, deux textes sont constamment présents : « Sur ce roc je b&tirai mon Église » , pour la stabilité du Siège ; « J'ai prié pour toi pour que ta foi ne faiblisse pas » , pour la stabilité du successeur de Pierre. Il faut également observer que les témoignages cités ne sont pas, à quelques exceptions près, les paroles d'Évêques ou de docteurs isolés, quelque illustres qu'ils puissent être. Ce sont les décrets ou déclarations des synodes, de
i. Je ne puis m'empôcher d'ajouter que nous avons une preuve positive historique qu'Honorius n*a pas erré dans la foi. Nous avons ses deux lettres qui sont parfaitement orthodoxes, c (jucl que soit le sens dans lequel on interprète les paroles du Concile, on ne peut les regarder comme accusant Honorius d*hérésie, ayant devant nous la preuve de son orthodoxie écrite de sa main. » (Gonzalès, De Infall. Rom, Pontif., disp. xv, sec. 6, § 1.)