LIVRE ni, DOCUMENT CCXXXIIl
déplorer et rejeter, il serait injuste de ue pas se rappeler les circonstances de Tépoque qui pesaient sur lui et sur d'autres questions également nouvelles. La confiance dans le suprême office du Siège et du successeur de Pierre, en matière de foi, avait été rudement ébranlée par l'élection disputée de deux ou trois concurrents à ce pouvoir suprême. Bien que ce ne fût pas logique, il était bien naturel que les doutes remontassent de Télection à l'office, et que les obédiences en lutte cherchassent, non seulement à prévaloir sur leurs adversaires, mais encore à protéger, comme elles le pensaient, Tautorité do rÉglise et Tintégrité de la foi de dangers inséparables de la coexistence de deux ou trois réclamant Toffice suprême de juge en matière de doctrine.
On peut supposer à cette erreur un bon et prudent motif. En niant rinfaillibilité du Pontife et en affirmant Tinfaillibilité des Conciles, Gerson pensait, sans doute, à donner une base plus large et plus sûre à la foi de la chrétienté. Ce n est, après tout, que justice de le supposer. Néanmoins, ses opinions sont erronées, même jusqu'à la limite de Thérésie, et elles ont semé les graines d'une large moisson d'erreurs hérétiques, depuis son époque jusqu'à nos jours. Il n'est pas étonnant que les protestants aient réclamé Gerson comme un précurseur et une autorité. Yilliers, écrivain protestant, dans son ouvrage intitulé : Influence de la ré formation de Luther, dit que Gerson et Richer ont été les chefs de la révolution religieuse en France \
En dernière analyse, le grand schisme d'Occident n'est rien de plus que la rivalité et la lutte des nationalités. Ce que des individus n'ont jamais été capables d'effectuer contre l'unité et l'autorité de l'Église, les nations ont essayé de le faire. El OQ ne peut trouver un témoignage plus lumineux de la divine stabilité de l'Église dans son unité et son autorité, que de voir qu'elle a pu, non seulement se guérir du graad schisme d'Occident, mais encore maintenir pendant quatre cents ans son unité et son autorité comme elle l'a fait jusqu'à ce jour, et cela aussi
1. Bouix, De Papa et de ConciL otcum.f t. I, p. 494. Paris, 1869.
dans la période du développement le plus vigoureux et le plus véhément des nationalités modernes.
Mais reprenons le fil de notre sujet. Il est certain que les opinions de Gerson eurent bientôt perdu leur poids même à la Sorbonne. Le Concile de Florence, dix-huit ans après, c'est-àdire en 1439, effaça les traces des quatrième et cinquième sessions du Concile de Constance par son décret bien connu, qui y s'il n'affirme pas explicitement l'infaillibilité du Siège et du successeur de Pierre, la contient implicitement et logiquement. Ce décret, bien connu, n'est rien autre que l'expression finale, par Tautorité infaillible d'un Concile, de la pratique et de la foi immémoriales et universelles de l'Église.
Quarante ans plus tard, c'est-à-dire en 1479, la condamnation de Pierre de Osma par Sixte lY, affirme que le contraire de son erreur est de foi, savoir : « que l'Église de la ville de Rome ne peut errer » .
En 1S44, la faculté de Louvain publia trente-deux articles contre les erreurs de Luther. Le vingt et unième est ainsi conçu :
« Il doit être tenu en ferme foi qu'il y a sur la terre une véritable et catholique Église visible, qui a été fondée par les Apôtres et dure jusqu'à notre époque, retenant et maintenant tout ce que la Chaire dé Pierre a enseigné, enseigne et enseignera plus tard en foi et en religion, sur laquelle (Chaire) l'Église est ainsi construite par le Christ, son Époux, que dans les choses qui sont de foi, elle ne peut errer. »
Le vingt-cinquième s'exprime ainsi :
(i On doit tenir avec une foi ferme ces choses qui sont déclarées, non seulement d'une manière expresse par rÉcritnre, mais aussi que nous avons reçues comme crues par la tradition de l'Église catholique et qui ont été définies en matières de foi 6t de morale par la Chaire de Pierre et par les Conciles généraux légitimement assemblés ^ »
Le grand schisme d'Occident et les opinions erronées do Concile de Constance eurent leur développement légitime dans
i. RosKOVANY, De Rom. Pontif,, t. II, p. 35.
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