‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 199 sur 536 · RosKOYANY, De fiom. FimHf.^ U II, p · texte numérisé non relu

RosKOYANY, De fiom. FimHf.^ U II, p

visible de TEglise universelle, Vicaire de Dieu sur la terre, Évêque des Évêques, Patriarche des Patriarches, en un mot le successeur de saint Pierre, avec qui Taposlolat et Tépiscopat ont eu leur commencement et sur qui Jésus-Christ a fondé rÉglise, en lui confiant les clefs du ciel, en même temps que r infaillibilité de la foi, que nous avons vu durer miraculeusement immuable dans ses successeurs, jusqu'à c^ jour^ »

Nous arrivons maintenant à une période pendant laquelle rÉglise de France, ainsi que la cour et le gouvernement, donnent des témoignages de Tinfaillibilité du Pontife romain par une série d'actes publics qui n'admettent aucune réplique. De 1651 à 1681, la controverse janséniste était à son apogée.

En 1651, quatre-vingt-cinq Évêques de France écrivirent à Innocent X, priant que les cinq propositions de Jansénius pussent être jugées par le Siège apostolique. Us disaient : « C'est la coutume solennelle de TÉglise de référer les plus grandes causes au Saint-Siège, la foi de Pierre qui n'a jamais failli demande avec raison que nous observions toujours cette coutume. C'est donc par obéissance à cette juste loi que nous nous sommes déterminés à écrire à Votre Sainteté sur un sujet de la plus grande gravité en matière de religion. » A la fin de la lettre, ils ajoutent : « Votre Sainteté a récemment vu combien l'autorité du Siège apostolique sert dans la condamnation de Terreur par rapport à la double tête de l'Église : « sur-le-champ, « la tempête a été calmée, et à la voix et au commandement « du Christ, les vents et la mer ont obéi *. »

Après la condamnation de Jansénius par Innocent X, le 9 juin 1653, les Évêques de France écrivirent encore le 15 juillet : c( Dans cette affaire, disent-ils, il est digne d'observation que, de même que sur la relation des Évêques d'Afrique, Innocent P' condamna autrefois l'hérésie de Pelage, de même, sur la consultation des Évêques de France, Innocent X a proscrit de son autorité une hérésie directement opposée à celle de Pelage; car l'Église catholique de cet ancien

i. RosKovANY, De Rom, Pontif,, t. Il, p. 173. â. Ibid., p. 180«

LIVKE m, DOCUMENT CCXXXIII. 28î

temps, soutenue seulement par la communion et l'autorité du Siège de Pierre qui brillent dans la lettre d'Innocent aux Africains, suivie d'une autre lettre de Zozime aux Lvèques du monde entier, signa sans délai sa condamnation de l'hérésie de Pelage ; car elle vit clairement non seulement par la promesse du Christ Notre-Seigneur à Pierre, mais aussi par les actes des premiers Pontifes et des anathëmes que venait de lancer peu avant le Pape Damase contre Apollinaire et Macédonius, pendant qu'ils n'étaient encore condamnés par aucun synode, que les jugements pour la confirmation de la règle de foi portés par les Pontifes, lorsqu'ils sont consultés par les Lvèques, reposent sur une autorité divine et suprême dans tout le monde, à laquelle tous les chrétiens sont tenus par devoir de rendre l'obéissance du cœur*. »

Il faut observer que la condamnation du pélagianisme par Innocent P*" sans aucun Concile générai a toujours été reçue comme infaillible; et ensuite que les Évèques français déclarent ici que « l'obéissance du cœur », c'est-à-dire l'assentiment intérieur et pas seulement un silence obséquieux, est exigée de tous les chrétiens.

Le 2 septembre 1656, les Ëvèques écrivaient à Alexandre YIl presque dans les mêmes termes. Ils appellent la lettre de Zozime « un décret péremptoire » el citent les mots bien connus de saint Augustin : Finita est causa rescriplis apostôlicis*.

En 1660, les Ëvèques écrivaient encore dans un langage plus fort s'il est possible. Ils déclarent : « En toi, comme successeur de saint Pierre, réside fermement la force de nous tous '. »

Plus tard, dans la lettre encyclique de l'assemblée du clergé, le 2 octobre 4665, ils déclarent : « La lettre circulaire que l'assemblée générale du clergé de France écrivait à tous les Évèques du royaume, le 5 juillet 1653, montre que la soumission que nous avons coutume de rendre au Saint-Père est un héritage

{. KosKOVANY, De Rom. Foniif,, t. II, p. 190.

2. D'Argbntrb, Coll. judic, t. III, p. u, p. 280. Paris, 1736.

3* Zaqgaru, Anti-Febronius vindicaius, diss.Y, cap. u, p. 232. Koiue> 1843.

des Évêques de France qui, dans un synode tenu sous Charlemagne et Pépin, firent une déclaration solennelle de leur volonté de maintenir leur unité avec TÉglise romaine et d'être soumis à saint Pierre et à ses successeurs jusqu'à la fin de leur vie ^ » Ils ajoutent que toutes les Églises de France étaient dans une volonté parfaite de suivre tout ce que le Pontife ordonnerait en matière de foi et continuent : «Ceci est le point solide de notre gloire qui rend notre foi invincible et notre autorité infaillible tant que nous maintiendrons Tune et Tautre inséparablement unies au centre de la religion en nous attachant au Siège de saint Pierre, » etc.

Nous avons ici six actes solennels des Évêques et assemblées de France reconnaissant dans les termes les plus explicites la stabilité de la foi du Siège et du successeur de Pierre. On peut dire avec vérité que la mémoire de Gerson et de la vieille Sorbonne était à cette époque simplement effacée de TÉglise de France. La condamnation de Jansénius s'appuyait et s'appuie jusqu'à ce jour sur un décret péremptoire et irréformable d'Innocent X. Les Évêques de France , le 28 mars 16S4, écrivaient au Pontife au sujet de l'évasion janséniste quant à la question de fait touchant les propositions. Ils déclaraient que les jansénistes essayaient « de faire abstraction d'une partie du dépôt de la foi dont la garde a été confiée au Siège de Pierre par le Christ, en mettant déloyalement de côté la majesté du décret apostolique pour la restreindre à la détermination de controverses factices * » . Il est clair que les Évêques reconnaissent ici l'autorité suprême et plénière du Pontife dans toute son amplitude de foi, de morale et de faits dogma* tiques.

Telle était, à cette époque, la doctrine de la France. Dans une réunion des principaux jansénistes, tenue dans le faubourg Saint-Jacques, lors de la publication de la bulle d'Innocent X, Pascal suggéra qu'il avait entendu dire que le Pape n'était pas infaillible. Arnauld répondit immédiatement que s'ils prenaient

i. D'Argentré, CoU, judiCf t. III, p. ii, p. 312. 2. Ibid., p. 825.

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