LIVRE III, DOCUMENT GCXVII
Ce travail si savant et d'une si haute source témoigne au public que la critique est permise; il prouvera peut-être à Mgr Maret qu'elle est utile.
Mgr Maret veut bien nous donner des « conseils », que nous appellerions plus volontiers des menaces, mais qui, dans les deux cas, nous semblent superflus. Nous savons ce qui est dû à la liberté et à l'autorité des Évèques, soit dans les Conciles, soit dans leurs diocèses, et nous osons dire que nous n'y saurions manquer, ni par notre volonté ni même par mégarde. Nous sommes défendus à cet égard par quelque chose de plus fort que la crainte et qui vaut mieux.
Mais il n'est question ici ni d'opini(m produite en Concile, puisque le Concile n'est pas ouvert, ni d'exercice quelconque de la charge épiscopale, puisque Mgr Maret n'a point de juridiction. Il s'agit uniquement d'un travail particulier, soumis au public par un docteur particulier. Le docteur est considérable, sans doute, mais la grande dignité épisopale, qui relève encore son crédit, ne confère cependant à ses opinions aucune sorte d'infaillibilité.
Louis Veuillot.
(29 mai 1869)
.Mgr Deschamps, Archevêque de Malines, dans le dessein d'instruire les laïques qui se préoccupent de ce que le Concile décidera sur l'infaillibilité pontificale, publie un écrit intitulé : Û infaillibilité et le Concile général. Le Prélat démontre aux croyants que le Pape, lorsqu'il parle ex cathedra^ est infaillible, et que cette proposition peut, sans aucun doute, être définie par le Concile. Comme il serait téméraire de prévenir le jugement de la sainte Assemblée, l'auteur se borne à affirmer la conviction profonde que la définition aura lieu, et il expose les raisons de son sentiment. Pour les non croyants, Mgr Deschamps établit que si le Concile vient à définir cette infaillibilité, il ne révélera, par le fait, aucune vérité nouvelle, ni n'inventera aucun nouveau dogme, il ne fera que définir dogmatiquement une croyance ancienne, aussi catholique que relise elle-même. Enfin, il termine en indiquant plusieurs questions très graves que le Concile est appelé à résoudre.
Le prochain Concile n'est pas seulement l'objet des espé-
rances de TÉglise, il Test aussi des préoccupations du monde. A la grande surprise des théoriciens du positivisme et de la foule des matérialistes pratiques, les questions religieuses reprennent leur rang, c'est-à-dire le premier, dans la pensée publique. Les princes et les diplomates ont les yeux sur Rome. Les hommes d*État, de robe et d'épée, les hommes de la tribune et de la presse surtout inclinent à faire de la théologie, et, grâce aux journaux de toutes les nuances, celte théologie quelque peu nouvelle et souvent étrange, arrive à tous les degrés de Téchelle sociale. Partout on parle du Concile et de ce qu'il va faire. Mais pendant que TÉpiscopat catholique s'applique principalement à l'étude des questions disciplinaires, parce que la discipline n'est pas immuable, et qu'elle s'harmonise toujours avec les situations changeantes des sociétés et les nécessités variables des temps, le monde, lui , s'inquiète avant tout des questions dogmatiques ou doctrinales. Habitué qu'il est d'entendre tout révoquer en doute, et de rencontrer des gens toujours prêts k faire la vérité ou à la refaire, il s'imagine que les Pères du Concile n'auront pas moins d'audace, et que l'Église se dispose à de nouvelles révélations ! Mais parmi les révélations qu'il attend, il en est une qui pique singulièrement sa curiosité : que va décider le Concile sur l'infaillibilité du Pape?
Le ton sur lequel on pose cette question, même au sein des assemblées législatives, et la façon dont on la conçoit, prouvent chez les gens du monde, et surtout chez les écrivains do la presse périodique, une remarquable ignorance des choses dont ils parlent. Je crois donc qu'en publiant à leur usage, et sur le point qui semble les intéresser le plus, cette étude vraiment élémentaire, je ne ferai pas chose inutile.
Je dois toutefois les prévenir ici que ce que je vais établir sur l'infaillibilité ne regarde qu'indirectement les incrédules. C'est aux chrétiens que je m'adresse. Mais ce que j'écris pour ceuxci fera du moins connaître aux autres une chose qu'ils ont besoin de savoir : que le Concile général, s'il définit Tinfaillibilité du Saint-Siège en matière de foi, ne révélera pas une vérité nouvelle, n'inventera pas un nouveau dogme^ mais