LIVRE m, DOCUMENT CGXXXVIL
satisfaction du public catholique^ rintervention inattendue de notre ambassadeur provoquera inévitablement des craintes ou des doutes sur la sincérité de ces déclarations, et le bénéfice qu'elles lui avaient acquis dans l'opinion sera considérablement affaibli ; la valeur du billet ne pourra pas manquer d'en souffrir.
Il y a plus encore. On se ferait illusion bien volontairement, si Ton s'attendait le moins du monde à voir le Concile régler les choses et les définir d'après les vues de ce Prélat. Dans son œuvre finale, on n'apercevra pas plus de traces des sentiments de Mgr Msu^et qu'on n'en voit des eaux de la Seine dans la mer quand elles y sont arrivées, et dès lors si le gouvernement a protégé l'œuvre plus ou moins, il en sera pour ses frais» J'avoue que si j'étais le gouvernement, mon amour-propre en souffrirait un peu.
Il a donc été au moins maladroit d'exciter à cet égard des soupçons publics qui, je le répète, sont inévitables.
En troisième lieu, Mgr de Sura a fait hommage à tous ses collègues de France, et peut-être à' d'autres, d'un exemplaire de son ouvrage. C'est une politesse, je le reconnais, et quoique assez onéreuse, je ne saurais douter qu'elle ne soit due à sa générosité personnelle. Mais je ne suis pas le public, et inévitablement le public sera tenté d'attribuer cette dépense au gouvernement, en tout ou en partie. Donc, nouvelle compromission, vu toutes les chances d'un résultat négatif. Il me semble que je serais plus adroit que cela.
On peut se demander ensuite pour qui, au juste, le Prélat a écrit et publié son livre. Est-ce pour éclairer les Évoques qui composeront le Concile? Il en doit être ainsi, puisque finalement ce sont les Évêques qui jugeront, qui accepteront ou refuseront les vues qu'il propose. Mais alors, comment n'a-t-il pas compris qu'il devait l'écrire en latin, puisque cette langue est la seule entendue de tous? Le très grand nombre des Ëvêques ne parle ni ne connaît notre langue, si ce n'est imparfaitement, et les Evêques français, tous ensemble, ne formeront pas assurément le quart des Évêques présents. Voilà donc que les vues, les doctrines , les proposi tions du Prélat seron t j ugées , approuvées
OU repoussées par qui n'aura pu les approfondir et les comprendre. Et ce sera la faute de l'auteur, qui pouvait se servir de la langue latine, qui le devait même, en sa qualité d'Évèque et de futur membre du Concile, et qui sera obligé de se traduire lui-même en latin, pour expliquer, démontrer et défendre ses sentiments particuliers : position peu agréable et peu sûre. Il pourra lui rester seulement cette consolation de penser qu'on ne Ta pas bien compris, même après ses explications latines ; consolation de bien mince valeur, quand le jugement aura été prononcé. J'espère au surplus qu'alors Mgr de Sura imitera l'exemple de saint Bonaventure, et qu'il déchirera ses feuilles à mesure qu^il verra les Pères du Concile avancer dans leur œuvre et consacrer, par leurs décisions, les vraies doctrines de l'Église.
Mgr de Sura n'a pas pu ne pas prévoir ces inconvénients, et si pourtant il a préféré d'employer la langue française au lieu de la langue latine, il a dû avoir ses raisons. Je les ignore ; mais il n'y a pas la moindre témérité à supposer qu'il a été bien aise de mettre son ouvrage à la portée des Isuques, avec l'espérance d'y trouver des approbations et des sympathies, un contrepoids aux dispositions contraires qui ne pouvaient pas manquer de se manifester, un moyen peut-être de pression sur les membres du Concile.
Et, en effet, d'après ce qui se révèle depuis quelques jours, on ne peut plus douter que le gouvernement français ne soit, au moins platoniquement, favorable aux doctrines de Mgr de Sura, et que ce Prélat ne doive le représenter au Concile avec quelques-uns de ses collègues, sauf à s'en laver les mains s*il y a insuccès.
Tant il y a que, ces faits étant donnés, l'œuvre de Mgr de Sura, loin d'inspirer la confiance aux Évêques, excitera, au contraire, en eux crainte et défiance.
Au reste, le Prélat n'a pas été assez aveugle pour ne pas le pressentir; sa lettre aux Evêques en offre la preuve. Quoique composée seulement de trois courtes phrases, on voit qu'elle a été laborieusement travaillée pour servir de passeport à