‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 221 sur 536 · LIVRE ni, DOCUMENT CCXXXVIL · texte numérisé non relu

LIVRE ni, DOCUMENT CCXXXVIL

l'ouvrage lui-même. A ceux qui lui demanderaient pourquoi il l'a composé et publié, il répond d'avance : J'ai rempli un devoir ^Évêque. Et à ceux qui montreraient peu de sjnoapathie pour cet écrit, il oppose son di^oit dÉvéque, tout en demandant qu'ils le lisent avec indulgence. Mais il s'est mépris du tout au tout, Vil a cru, en prétextant de son devoir et de son droit, ôter à ses lecteurs, aux Evêques, le droit de le contredire et le devoir de le réfuter, s'ils ne partagent pas ses sentiments.

Un devoir peut être mai rempli, un droit mal exercé. Si, dans le cas présent, le devoir a été mal rempli, les Ëvéques ont le droit d'en avertir l'auteur; et sij'auteur n'a pas exercé son droit d'Évêque et de théologien d'une manière conforme à la vérité catholique, les Évêques ont le devoir rigoureux de le redresser et de le faire rentrer dans l'orthodoxie.

11 faut convenir que le Prélat, trop préoccupé de l'accueil défavorable auquel il a dû s'attendre, a appliqué on ne peut pas plus mal les deux mots dont il s'agit. Il dit : Je crois remplir mon devoir d'Évêque en publiant mon ouvrage. Qui jamais s'est avisé d'affirmer qu'un Ëvêque soit obligé en conscience d'écrire et de publier un volumineux ouvrage sur la religion? A ce compte, tant que nous sommes d'Évéques, nous devrions -en faire autant. Sans doute, il y a devoir pour l'Évêque de faire connaître la religion et de la défendre contre ses ennemis autant qu*il le peut, suivant les circonstances, et dans les conditions de sa mission. A côté de ce devoir général, il y a le devoir plus particulier et plus étroit pour l'Évêque titulaire d'instruire ses diocésains et de les préserver de toute erreur dans la foi ; mais cela ne va pas toujours et pour tous jusqu'à l'obligation de publier des écrits pour le public en général.

J'admets donc que Mgr de Sura avait canoniquement le droit de composer son livre et de le publier, mais je n'admets nullement que ce fût pour lui un devoir proprement dit, et je •connais pas mal de confesseurs qui l'auraient facilement absous de s'en être abstenu.

Quant au mot de droit, il cadre tout à fait mal avec ceux •qui l'accompagnent. Demander Findulgence des lecteurs par la

raison que l'ouvrage et sa publication sont l'exercice d'un droit épiscopal, c'eat confondre l'exercice même de ce droit, qui n'est contesté par personne, avec la manière plus ou moins heureuse dont il aura été exercé. Sur l'exercice du droit, il n'y a pas lieu au blâme. Mais sur le reste, c'est autre chose. Si Mgr de Sura n'écrivait pas bien, s'il rendait ses pensées d'une manière plu& ou moins heureuse, pourvu qu'elles fussent vraies, on concevrait qu'il demandât à être lu avec indulg;ence. Mais il s'agit des doctrines, et à celles-ci l'indulgence no saurait s'appliquer. Il ne saurait demander aux hvêques que l'un des'deux mois de l'Évangile : Est, est ; ou bien : Non, non; car, d'ailleurs, on ne peut pas supposer qu'il demande indulgence pour des vues et des doctrines qu'il sait bien ne pas appartenir à la foi de l'Église universelle. A quoi bon lui servirait cette indulgence? A te laisser faire bande à part dans l'Église catholique avec quelques basiliens et les sorbooistes de la pflle école qui les représentent encore à Paris. Quel profit lui en reviendrait-il?

Deux mots encore. Mgr de Sura traite de graves et de décisives les circonstances où l'Église va se trouver par le fait du Concile, et, dans sa lettre au Pape il affirme que des sitite» funestes peuvent résulter des projets formés et manifestés par des /tommes respectables qui ne se rendent pas compte des dangers de leur entreprise. Cela veut dire, en français commun, que Mgr de Sura considère comme une crise périlleuse pour l'Eglise la réunion du Concile; que, toute crise pouvant se terminer bien ou mal, celle-ci finirait très mal, si l'on y adoptait les sentiments de ces hommes respectables, maïs irrélléchis et imprudents, et qu'elle ne peut se terminer à l'avantage de l'Église que si l'on adopte ses sentiments à lui : à ce prix il promet que la constitution de l'Église acquerra toute sa grandeur, toute sa perfection, toute l'immutabilité que lui a assurée son divin fondateur. Que le Concile prenne son baume, et les plaies de l'Église seront fermées à jamais; elle sera à jamais invulnérable. S'il en devait être ainsi, nous demanderions au Concile de faire pour l'ouvrage do Mgr de Suia ce qu'on fit à Trente pour la

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sur une table en face de tous •l vives.

autorise à dire que Mgr de t Itd-même, comme le veut 'il n'est qu'un, et queTiadiur qu'elle ait, se fond dans parilion du soleil, à moins

ue de Montaiiban.

nés, à l'Évoque de Sura. 11 déplore bODncur personnel de l'auteur, et nom et le titre ■ ofllciel • de l'int- Éseoter cet ouvrage au Concile, les

l'esprit du signataire une doulounctaraer une doctrine qui, d'après iD des siècles et de l'histoire > et ite 1 celui qui la professe, Ngr Ma- ;)ies uae arme pour détruire i'au~ las comme lui Mgr Maret le calom- 1 fait de représailles. L'Évéque de

Mgr Maret, au lieu de semer des 3D du Saint-Siège. Cest là le grand

plus solennels devoirs de l'épiiuelle puisse s'ouvrir la conscience

e 3 octobre 1869.

lUle, deux volumes signé»

: Du Concile général et de- Grandeur de cet hommage', de la féliciter de l'ouvrage

istions délicates abordées ;iiaient sans toutefois plei-

nementse confondre. Depuis cette époque déjà lointaine, vous avez étudié, Monseigneur ; je Ta! fait aussi moi-même avec conscience.

Mais ces études parallèles ont abouti pour Tun et Tautre à des résultats bien divers. Tandis que les vôtres vous ont immobilisé dans vos vieilles opinions, en les surchargeant d'une certaine âpreté de sentiment et de langage, les miennes m*ont jeté dans un courant meilleur, et les conclusions où leur flot m'a conduit me forcent à déplorer l'apparition de votre livre, et pour votre honneur personnel, et pour la cause du Concile et de l'Église que vous avez prétendu servir.

Le nom et le titre officiel du typographe auquel vous avez confié le soin d'imprimer votre écrit, les intermédiaires que vous avez choisis pour le déposer aux pieds du Saint-Père, les thèses que vous y développez, tout cela m'a rempli le cœur des impressions les plus douloureuses. Malgré tout ce que vous pouvez en dire, on ne sait retrouver dans votre travail ni la sève pure de la grande théologie et de l'antiquité chrctienne^ ni les vraies traditions du clergé de France, ni la noble indépendance de l'Épiscopat vis-à-vis des puissances de la terre.

Une chose surtout parait avoir échappé complètement à la prévoyance de Votre Grandeur : c'est l'hypothèse où le Concile du Vatican se hasarderait à consacrer les doctrines qui vous épouvantent et que combat votre ouvrage. 11 n'est pas sûr que ce fait se produise; mais il est encore moins sûr qu'il ne se produira pas en dépit de la terreur que cette perspective vous inspire. Et si la définition qui fait l'objet de vos alarmes devient une réalité, siles Pères déclarent, non pasc^o^me nouveau, mais dogme ancien, dogme révélé par le Christ, l'infaillibilité personnelle du Souverain Pontife parlant ex cathedra^ Votre Grandeur n'aura devant elle que deux issues possibles : ou bien il faudra repousser ce décret comme une erreur, ou bien il faudra le regarder comme dicté par l'Ësprit-Saint lui-même.

Le repousser? Mais Votre Grandeur, qui admet Tinfaillibilité collective de l'Église unie à son Chef, ne saurait se mentir à elle-même, en rejetant une décision de l'Église assemblée.

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