LIVRE III, DOCUMENT CCXLII
Vous avez sans doute raison de dire que Vindépendance du juge ne consiste pas à pouvoir juger contre la justice et contre la loi. Mais la question n*a jamais été posée ainsi dans les Conciles généraux. La loi, pour ces saintes Assemblées, a toujours été rÉcrilure, la Tradition, la doctrine de TÉglise. Les constitutions pontificales dévolues à Texamen du Concile ont toujours été librement confrontées avec ces règles suprêmes. La plupart ont été acceptées; quelques-unes ont été rejetées, et toujours, dans ces circonstances, les Évèques ont été de vrais juges, c'est-à-dire des juges libres : judicans subscripsi.
Je crois que ces grands faits ont été solidement établis dans mon histoire des Conciles généraux, et je doute que la critique contemporaine parvienne à les ébranler.
L'exemple du Concile de Chalcédoine que vous invoquez. Monseigneur, se tourne contre vous. Vous ne discutez pas les faits que j'ai mis en lumière. Vous vous bornez à dire que, si les Pères de Chalcédoine n'étaient investis de la liberté qui sied à des juges qu'autant qu'ils pouvaient accepter ou répudier la lettre de saint Léon^ il s'ensuivrait que les Évèques eutychiens usèrent dun droit en la rejetant effectivement. Les Évoques eutychiens avaient tort de repousser la sainte et pure doctrine de saint Léon. Mais étaient-ils hérétiques formels ayant la sentence définitive du Concile? Là est la vraie question. Eh bien, elle est résolue contre votre système et par saint Léon et par le Concile de Chalcédoine, comme je crois Favoir démontré. Si la lettre de saint Léon, au lieu de contenir une doctrine divine, avait été une trahison profane de la vérité *, comme les lettres d'Honorius à Sergius, elle aurait pu être condamnée comme celles-ci le furent.
Mais de ces droits exercés par tous les Conciles généraux, \ s'ensuit-il que le Pontife romain perd sa suprême juridiction et devient le subordonné des Évèques? Mille fois non. Il s^ensuit uniquement que la monarchie de l'Église est efficacement tempérée d'aristocratie, et que, dans certaines circonstances déter-
1. Ces paroles sont celles du Pape saint Léon II. Voir notre tome I, p. 291. '