LIVRE III, DOCUMENT CCXLVI
Ad dandam scientiam salutis plebi ejus. Tel est l'objet du ministère prophétique et du ministère apostolique depuis les premiers jours du monde et de TÉglise : donner la science du salut au peuple de Dieu.
« La science du salut », c'est-à-dire la grande science, la seule science nécessaire, celle qui éclaire et complète toute autre science et celle sans laquelle toute autre science aboutit au vide et au néant.
Donner « cette science du salut au peuple de Dieu » : hélas! Messieurs, ces mots ne sont plus compris. Même pour ceux qui n'ont point dit encore : Non est Detis, Dieu a cessé d'être le Dieu des nations, et le peuple de Dieu n'est vraiment plus son peuple. Il y a des individus chrétiens, il y en a partout, il y en a en grand nombre ; mais il n'y a plus de société chrétienne. On ne veut pas même qu'il y en ait, et l'on s'obstine à dire que Jésus-Christ, gardant peut-être l'empire des âmes et des consciences, doit désormais abdiquer ses droits sur les nations : comme si la même loi qui gouverne les uns, n'obligeait pas les autres ; comme si ce qui tue infailliblement lesparticuliers pouvait devenir la loi régulière de la vie et de la prospérité des peuples ; comme si le Christ n'était pas le roi suprême et universel, ayant reçu toute puissance au ciel et sur la terre ; comme si le Christ n'était pas Dieu !...
Le monde est grandement malade ; et le Concile, qui est le remède suprême au mal du monde, n'aboutira point sans labeur. Les attaques du dehors sont prévues et inévitables ; ce n'est point de celles-là que nous devons être effrayés. Les plus redoutables embarras, comme aussi les plus tristes sont ceux qu'amènent au dedans les erreurs et les ténacités de plusieurs.
Je ne reviendrai pas, Messieurs, sur l'ouvrage récent d'un Prélat dont je puis honorer la personne, mais dont je déplore l'aveuglement. Vous avez lu la lettre par laquelle il a voulu et sans doute cru répondre au discours dont je me suis fait un devoir de lui adresser personnellement un exemplaire. Cette réponse n'étant que la répétition d'allégations gratuites et déjà réfutées, je m'abstiendrai d'y répliquer; d'autant plus que les
réfutations directes de l'ouvrage arrivent chaque jour plus nombreuses et plus péremptoires. Toutefois, Messieurs, avec Fautorité de pontife et de docteur, que Dieu m'a conférée par rapport à mon diocèse, je n'hésite point à déclarer que ces deux volumes méritent d'être notés de toutes les censures théologiques les plus graves, en deçà de la note formelle d'hérésie. Et je ne crains point que ni le Saint-Siège ni le Concile oecuménique ne donnent tort à ce jugement ; ou plutôt, je suis assuré d'avance que, le Concile enseignant les doctrines opposées à celles de ce livre, l'auteur abandonnera et désavouera ses erreurs par l'acceptation pure et simple des affirmations et des définitions de l'Église assemblée...
Outre la lumière, Messieurs, les peuples ont aussi besoin et ont d'abord besoin de pardon. Ad dandam scieniiam salutis plebi ejuSy inremissionempeccatorum eorum. Ah! combien il nous est salutaire de penser et de recourir à ces entrailles de la miséricorde d'où est sorti Jésus-Christ, la vraie lumière, le grand don de Dieu, Tunique sauveur et rédempteur du monde, et la source de ces pardons que les péchés des hommes rendent plus que jamais nécessaires : in remissionem peccatorum eorum, per vis-cera misericordix Dei nostri, in quitus visitavitnoSy oriens exalto.
Le pardon des péchés, et surtout du péché intellectuel, du péché doctrinal : c'est là une de ces nécessités que notre siècle ne veut point entendre. Cependant elle prime toutes les autres; et plaise à Dieu que, le Concile éclairant les esprits, la grâce rende les cœurs assez humbles pour en tirer ce repentir sans lequel Dieu, tout clément qu'il est, ne remet aucune faute I...
De grandes défections sont venues affliger le sanctuaire, Nous avons gémi ensemble sur un immense scandale, sur une chute, hélas I trop prévue, car elle était la suite logique, sinon inévitable, des erreurs où Ton se complaisait, où Ton s'obslinait.
Je parle d'obstination, et c'est la vérité qu'un trop grand nombre de ceux qui se disent les nôtres « siègent dans les ténèbres » in tenebris sedent. D'être dans les ténèbres, c'est déjà un mal, et, pour ceux qui y sont^ c'est uti sort digne de pitié; mais