‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 231 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CGXLVI. 35i · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CGXLVI. 35i

le comble, c est de s'y plaire, c'est d'y prendre séjour et de vouloir s'y fixer. Nous en avions un exemple, ces derniers jours, dans le manifeste éclatant qu'une revue, d'ailleurs catholique, a publié à propos du Concile \ et où l'on s'opiniàtre à parler des questions les plus actuelles et les plus importantes, absolument comme si, depuis quatre-vingts ans, le Saint-Siège et l'Église n'avaient rien dit^ ou comme si les décisions dogmatiques et les enseignements de l'Église n'obligeaient point les intelligences. Certes, celui qui est tombé a été, en fait, plus loin que ces écrivains : cependant, comment ne pas voir qu'ils suivent la même rotïle, et que, selon le texte sacré, les ténèbres sont un acheminement à la mort? Illuminare his^ qui in tenebris et in umbra mortis sedent.

Une chose m'a frappé dans la lecture de cette pièce, c'est la pauvre idée que ces publicistes doivent se faire du degré d'intelligence et de délicatesse de sentiment des hommes d'Église. Pour imaginer qu'un langage d'une suffisance si hautaine, parce qu'il se présente enveloppé de quelques foimes,' puisse être accepté autrement que comme une offense par ceux qui ont l'honneur d'être les représentants de Dieu et les dépositaires de la doctrine, il faut leur supposer le sens le plus épais et le tact le plus émoussé. Que nos aristarques daignent le savoir : l'Église n'a pas cédé si absolument à leurs aréopages le privilège de comprendre et de sentir. Non, ainsi que le disait déjà un de nos devanciers aux beaux esprits de la prétendue Réforme, « nous ne portons pas de cœurs si obtus, et le soleil de la civilisation n'a pas détourné de nous ses rayons à ce point : » Non obtiisa adeo pectora gestamus catholici, nec sol civilitatis tam proctil aversus a nobis radios suos elongavit.

Un des plus illustres champions de la cause religieuse a dit, dans un discours immortel, ce qu'il faudrait penser d'un homme qui serait assez brutal pour abuser de sa force contre la faiblesse, et qui s'oublierait jusqu'à frapper une femme. Or, reprenait-il avec l'accent de la plus haute éloquence, « l'Église est plus

\. Le Correspondant, livraison du 10 oclobre 1860, article intitulé : u Le Concile >s publié au nom du conseil de la rédaction.

qu^une femme, c^est une mère ! » Voilà un de ces traits qui éterniseront la reconnaissance dans nos cœurs.

Mais qu'on me permette de le dire à mon tour, il y aurait une femme, une mère plus à plaindre que celle qui aurait été frappée, dans un accès de violence, par un enfant grossier. Je m'explique.

Supposez des fils doués d'une véritable distinction, lesquels, se plaçant en face de leur mère, font usage de toutes les ressources de leur esprit et de leur éducation pour voiler, sous Tenveloppe de la convenance et de la courtoisie, la critique la plus aigre, la plus gratuite et la plus incompétente de ses pensées, de ses sentiments et de ses actes; et qui, avec des protestations de respect et de soumission, lui font sur toutes choses la leçon la plus téméraire et la plus blessante. La pauvre mère, qui a l'esprit assez délié pour tout comprendre, le cœur assez délicat pour tout sentir, se fait un devoir de garder le silence. Sa tendresse lui interdit d'aggraver le tort de ses fils en leur montrant à quel point elle en a le sentiment, et son cœur lui permet encore moins de laisser apercevoir aux étrangers l'étendue et la vivacité de cette douleur domestique...

Oui, j'ose le dire, cette mère serait plus malheureuse et plus à plaindre que l'autre.

Or, à l'heure présente, Messieurs, cette mère est l'Église.

Fasse la bonté de Notre-Seigneur et la vertu du prochain Concile que ces fils, devenus un sujet d'affliction, soient enfin éclairés et viennent à résipiscence ! Jusque-là nous devrons accepter des luttes douloureuses mais nécessaires. Il faut que toutes les équivoques soient levées, il faut que les ténèbres et les ombres soient écartées, pour que nous marchions ensuite d'un pas commun dans les voies de la paix : llluminare hisj qtri in tenebris et in umbra mortis sedent, ad diriff endos pedes nostros in viam pacis.

Nous vous quittons, Messieurs, et Dieu sait avec quel déchirement de cœur ! La principale conclusion du livre dont je vous ai entretenus, c'est qu'il faut désormais des Conciles périodiques, et que tous les dix ans l'Église entière devra tenir ses assises

cboses, rieo de supérieur à ce qui avait dâji été dit • par les luteurg les plus connus de l'école gallicane <■, et surtout par Bosauet. Par là mâme, pour les savants, ce livre était déjà réfuté avant sa publication. Néanmoins, pour pré' venir l'impression qu'il pourrait produire sur les masses, auxquelles il semble surtout adressé et qui manquent des études nécessaires et des nombreux moyens de rérntatioD dont disposent les Ibéologlens, la revue croit devoir s'en occuper dans la mesure qne réclame la réalisatloa de son programme, — On donne ici l'introduction à ce rapide eismen.

Nous entreprenons cette fois, à notre très grand regret, une polémîqne où il nous faut prendre à partie ud personnage digne de tout respect et par son rang dans la hiérarchie de l'Église, et par son talent : nous voulons parler de Mgr Maret, Ëvèque de Sura. Nous ne croyons pas devoir laisser sans réponse certaines théories dont il s'est fait l'ardent promoteur dans le Mémoire ci-dessus annoncé, ou plutôt dans les deux gros volumes formant la premiëre partie (la seule jusqu'à présent parue) de l'ouvrage du Prélat. A vrai dire, si nous prenons la plume, ce n'est pas parce que nous jugeons absolument nécessaire de réfuter les opinions de Mgr Maret. Et voici la raison de ce sentiment. L'illustre Prélat affirme bien, à plu-

sieurs reprises, et nous le croyoDS volontiers, qu'il a étudié à fond, pendant de longues années, les questions qu'il s'efforce de résoudre; toutefois, nous devons l'avouer, après l'esameD le plus attentif des deux volumes publiés, nous n'y avons rien trouvé qui n'ait été tout aussi bien dit par les principaux représentants de l'école gallicane, et surtout par l'auteur célèbre de la Défeitse, Bossuet, le soutien le plus solide et le plus docte de cette Église, De sorte qu'il suffirait de renvoyer le lecteur à l'un des remarquables travaux écrits depuis longtemps en vue de réfuter ces mêmes doctrines; à celui, par exemple, du Cardinal Orsi, le plus complet de tous. L'auleor consacre ses cinq gros volumes à l'examen du seul passage de 1* Défense où il est question des Papes et des Conciles, le sujet, précisément, du nouvel ouvrage de Mgr Maret. Non, une réfutation n'est nullement nécessaire. L'illustre écrivain reproduit, en effet, avec la plus grande exactitude, les arguments des chefs de l'école dont il fait partie ; mais il apporte beaucoup moins de soin à réfuter les triomphantes réponse! de ses adversaires.

TantAt il passe sous silence ces réponses, c'est le procédé le plus ordinaire; c'est aussi plus expéditlf; tantdt il les arrange de manière à en atténuer la force.

On avait donc, pour ainsi dire, répondu à ce Mémoire avant sa publication. Tel a dû être certainement le sentiment des personnes versées dans les études théologiques. Elles connaissent depuis longtemps les questions agitées et les solutions qui y ont été données par les auteurs. Il n'en est pas de même pour ceux qui ne s'occupent pas ou presque pas de théologie, et auxquels cependant cet ouvrage parait être particulièrement destiné. 8i l'illustre Prélat désirait surtout s'adresser k ses collègues dans l'épiscopat et leur être utile en leur communiquant ses lumières, à l'occasion du futur Concile, que ne choisissait-il la langue latine, la plus propre, do sa nature, aux questions théologiques, et qui eût pu être comprise de tous? Pourquoi lui avoir préféré le français? Si excellente soit-elle, cette langue est inconnue, nous osons l'affirmer, de la mujo-

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