‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 234 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT GGXLVIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT GGXLVIII

par JésuS'Christle fondement, le Pasteur et la tête. Nous savons que ce dévouement n'est pas une vaine formule ni, un feu follet, mais qu'il est le produit d'une conviction profonde des droits du Saint-Père à enseigner le vaste troupeau qui lui est confié, à paître les agneaux et les brebis, à lier et à délier les consciences sur la^erre et dans le ciel. Aussi vous dites avec saint Irénée : « Il faut que toute Église converge vers le Siège de Rome à cause de son éminente principauté, propter potiorem principalitatem ; » avec saint Jérôme : « Je suis uni à Votre Sainteté, c'est-à-dire à la Chaire de Pierre, parce que je sais ^e l'Église est bâtie sur ce rocher; » avec saint Ambroise : « Là où est Pierre, là est TÉglise ; » avec saint Prosper : « Rome, tète du monde, caput mundi, gouverne par la religion tout ce qu'elle ne tient pas sous le joug de ses armes. » C'est pourquoi. Messieurs, dans l'adresse que vous nous avez présentée, yous exprimiez le vœu que le saint Concile, pour mettre fin aux subtilités et à l'érudition de mauvais aloi écloses au sein de l'école dite gallicane, décide comme dogme de foi l'infaillibilité du Pape lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire comme docteur universel du monde catholique. L'opportunité d'une telle décision est à nos yeux la seule question à résoudre! Quant au fond de la doctrine, depuis quarante ans que nous l'avons étudiée, et que nous avons suivi les phases de la controverse qui s'y rapporte, nous sommes profondément convaincu que celte doctrine a toujours été celle de l'Église depuis bientôt dix-neuf siècles, celle des Saints Pères, celle des Conciles généraux, des théologiens et des facultés illustres, excepté la portion du clergé français qui s'est rangée à la théorie de Louis XIV, formulée par la déclaration de 1682.

Cette déclaration fameuse, qui fut faite par les ordres et sous la pression de ce monarque absolu, rompit les traditions vénérables de l'Église gallicane, et sans avoir besoin d'en chercher la preuve dans des documents innombrables, citons seulement ici un texte emprunté aux procès-verbaux de l'assemblée du clergé en 1625 :

« Les Évèques seront exhortés à honorer le Siège aposto-

lique et l'Église romaine fondée sur la promesse infaillible de Dieu, sur le sang des Apôtres et des martyrs, la mère des Églises, et laquelle, pour parler avec saint Athanase, est comme la tète sacrée par laquelle les autres Églises, qui ne sont que ses membres, se relèvent, se maintiennent et se conservent. Ils respecteront aussi Notre Trè^ Saint-Père le Pape, chef visible de TÉglise universelle, Vicaire de Dieu en terre, Évêque des Évèques et des Patriarches, auquel Tapestolat et Tépiscopat ont eu commencement, et sur lequel Jésus* Ghrist a fondé son Église, en lui donnant les clefs du ciel avec rinfaillibilité de la foij que Ton a vue miraculeusement demeurer immuable en ses successeurs jusqu'aujourd'hui. Ce qui ayant obligé les fidèles orthodoxes à leur rendre toutes sortes d'obéissance, et à vivre en déférence à leurs saints décrets et ordonnances, les Évèques seront exhortés à faire la même chose et à réprimer, autant qu'il leur sera possible, les esprits libertins qui veulent révoquer en doute et mettre en compromis cette sainte et sacrée autorité, confirmée par tant de lois divines et positives ; et pour montrer le chemin aux autres, ils y déféreront les premiers ^ »

Voilà ce que croyaient et disaient nos pères à cette époque.

Dans la grande unité catholique^ aucune nation n'a le droit de mettre des bornes à la puissance spirituelle du Chef de l'Église, ni de remanier sa constitution, chef-d'œuvre de l'Homme-Dieu. Autrement la Papauté serait bientôt réduite à un fantôme, et l'Église s'écroulerait dans l'anarchie, ou deviendrait un simple instrument de règne en subissant le joug du césarisme comme en Russie, en Angleterre, en Prusse et en Suède. C'était à cet abtme du système byzantin que la France était poussée par le despotisme royal, par les intrigues d'antichambre, par l'enseignement de la théologie officielle qui fut imposée à nos anciennes facultés, par la tjrrannie des parlements qui opprimaient TÉpiscopat au nom des libertés de VÉglise gallicane^ libertés de souffleter le Pape pour faire la

i. Collection des procès-verbaux des assemblées du clergé^ t. XI, p. 95.

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