‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 246 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CCLV · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CCLV

informer le Concîle et lui montrer la voie. Véritablement, il ne lui ménage pas les avertissements « modestes » niais « fermes », et même comminatoires. Cela fait, il signe : Pour la Rédaction du Correspondant : P. Douhaire.

Celte formule de signature est la chose sérieuse de cette pièce ardente et médiocre. Elle lui donne le caractère d'un manifeste, elle révèle non pas une légion, mais une école qui ne s'était pas encore si clairement. accusée.

L'attention des catholiques s'en est émue, et l'on se demande s'il n'y a pas ici quelque abus du blanc-seing. La rédaction supérieure du Correspondant se compose d'un certain nombre de personnages justement renommés, qui peut-être n'ont pas -été tous consultés sur le fond et sur l'opportunité d'un pareil programme. Plusieurs, jusqu'à présent du moins, ne paraissaient pas si avancés. On nous permettra d'insister. Il importe 4e savoir ce qu'il en est.

MM. de Montalembert, de Falloux, Albert de Broglie, Th. Foisset, Louis de Carné, Augustin Cochin, les RR. PP. Perraud et Largent, membres de l'Oratoire, font tout le talent et toute l'importance du Correspondant. Ces patriciens ont-ils •donné leur assentiment au manifeste de la Rédaction? Peuple enseigné, nous voudrions savoir qui nous parle, d'autant plus que le manifeste, en divers endroits, nous tance assez amèrement. Les noms propres ont ici une grande valeur. L'importance du document serait autre pour nous et pour tout le inonde, s'il émanait des personnages notables que nous venons •de nommer, ou s'il ne contenait que l'expression des communes pensées de MM. Douhaire, Gaillard, Lavedan et Marins Topin.

£n attendant cet éclaircissement désirable, jetons un coup d'œiLsur les instructions dont le Correspondant croit bon de munir le Concile.

Elles sont, en même temps, très compliquées et très simples. A suivre leurs détours, chaque mot nous arrêterait. Nous préférons les aborder à la conclusion. Le terme où elles arrivent montre assez l'erreur du chemin.

La « Rédaction du Correspondant » a pris de Mgr Maret la

négation de l'infaillibilité personnelle du Pape et la périodicité et même la permanence conciliaire. Elle conclut que le Concile doit avant tout s'abstenir de proclamer l'infaillibilité.

Elle a pris du Janus bavarois et de son propre fonds, cette idée que TEglise a premièrement le besoin et le devoir de se réconcilier avec le monde moderne, et cette autre idée que le monde moderne ne peut s'abuser dans ses pensées, qui sont celles du Janus bavarois et celles du Correspondant. Donc le Concile devra entrer le plus avant possible dans les voies du catholicisme libéral, et c'est à quoi le Correspondant T^coxmdliTdk la vraie inspiration du Saint-Esprit, celle qui pourra obtenir sa joyeuse obéissance, et, plus tard, la complaisance du genre humain. Si le Concile, par exemple, biffait le Syllabus^ qui douterait de son infaillibilité?

Voilà la thèse. Pour la rendre plus claire, le Pape, désormais souverain constitutionnel dans les choses spirituelles comme dans les choses temporelles, acceptera Tinfaillibilité du Concile ; et le Concile, à son tour, par une autre assimilation inévitable, acceptera l'infaillibilité du genre humain moderne, c'est-à-dire du peuple souverain.

On voit d'où vient cette thèse et où elle va. Mgr Marct est enjambé à! MU seul mouvement. 11 fait de l'Église une monarchie tempérée d'aristocratie, ou plutôt une aristocratie tempérée de monarchie. La « Rédaction du Correspondant » invite le Concile à mettre l'Église sur la voie d'une transformation qui aboutirait à la démocratie pure.

Du reste, le promoteur de ce sénatus-consulte ne se donne pas la peine de chercher des arguments dogmatiques ni même historiques, et les quelques lieux communs qu'il fournit en ce genre ne sont véritablement que pour la couleur. En effet, à quoi bon s'empêtrer d'une argumentation rebelle et qui n'esJt plus de mise? On se ferait doublement tort, puisque d'une part le dogme et l'histoire sont contraires, comme le prouve la tentative douloureusement avortée de Mgr Maret, et que d'une autre part la raison moderne suffit. La raison moderne a porté son décret, il est en vigueur dans le monde entier, abrogeant

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