LIVRE III, DOCUMENT GGLV
pour jamais toutes ces vieilles bulles dont on voudrait vainement continuer d'enchaîner l'esprit humain!
Toute l'autorité que le Correspondant prétend donner à ses vues est tirée uniquement de l'état présent du monde, tel qu'il lui apparaît non sans un grand mélange d'illusions. Il fait de la politique, et de la politique de 89, la même que fait toute l'Europe depuis la rupture de la politique avec la théologie.
Le caractère invariable, sinon toujours avoué, de cette politique, est d'abandonner tous les principes; de sacrifier la vérité à Terreur, jusqu'à déclarer que l'erreur est la vérité ; de combattre plus ou moins la Révolution dans l'ordre matériel, et de lui tout livrer, de la seconder même dans Tordre des doctrines. Ce fut, au fond, la politique de Napoléon P^ et celle de la Restauration ; ce fut ouvertement celle de Louis^Philippe ; c'est clairement celle du second Empire.
M. de Metternich n'en eut guère d'autre; M. de Beust, le « fossoyeur », s'honore de la pratiquer. Elle a régné avec les derniers Bourbons en Espagne et à Naples, avec la maison d'Esté {sic) en Toscane, elle règne encore en Portugal avec Bragance, elle prépare à l'annexion la Bavière et la Belgique. Finalement, politique de tout ce qui a péri et de tout ce qui va périr. Or, ce tout pourrait bien être la civilisation moderne tout entière, et le Correspondant lui-même en a peur. Dans le servile Benedictus quivenit qu'il chante à « Tesprit moderne », plus d'un cri d'angoisse ne laisse pas de lui échapper. Pâle dévot, fort incertain du caractère et de la divinité de son idole.
C'est cette fière et sage politique, néanmoins, que le Correspondant conseille à la vraie Église et au noble et vrai peuple du vrai Dieu! Il paraît, sincèrement d'ailleurs, ne pouvoir imaginer ni comprendre aucun moyen de ne pas suivre le torrent universel. Devant la Révolution, qui est aussi l'orgueil de Tesprit, il demeure fasciné par un mélange de terreur et d^amour. On ne sait, et il semble ne savoir pas lui-même s'il dit qu'il faut adorer ce dieu vivant, ou s'il dit qu'il faut amadouer cette affreuse bête. Mais, ce qui est trop sûr, c'est que la Révolution, dieu ou bêle, lui fait oublier beaucoup de choses
dont se devrait mieux souvenir un chrétien qui parle à deschrétiens.
La première de ces choses essentielles qu'il oublie, c'est l'origine même et la constitution divine de TÉglise ; et, oubliant cette première chose, il en oublie une seconde, qui est le respect. 11 parle de l'Église comme d'uue institution humaine qui subit les inconvénients des œuvres humaines, qui a ses imperfections et ses lacunes pour ainsi dire constitutives, qui se serait faite d'occasions imprévues et de sagesse bornée, qui a varié, qui variera, qui s'use, qui vieillit, qui a besoin de retouches et même de refonte. Tout ce qu'il dit à ce sujet, sans distinction et sans mesure, peut persuader quelque frivole esprit qui récoule, l'abuser lui-même et l'entraîner avec son lecteur beaucoup plus loin qu'il ne voudrait aller; mais que peut produire tout cela sur la foi des catholiques intelligents et surtout sur la raison des Pontifes?
Le Correspondant j préoccupé de ses chimères et de ses terreurs libérales, semble n'écouter que les bruits du monde et les susurrements des sectaires, et ne point discerner, au milieu de ces vacarmes, la confession solennelle de l'esprit catholique qui les domine de si haut. Comment fait-il pour ne pas entendre la multitude des prêtres et des fidèles dont les acclamations saluent la voix imposante des Ëvéques affirmant la foi de toute l'antiquité ?
Mais s'il l'entend, où peut-il trouver plus de clarté, plus de volonté, plus de certitude ? Et comment alors a-t-il pu se décider à jeter au milieu de ce concert son veto, si mal à propos présomptueux? Nous entrerons volontiers plus tard, s'il le faut, dans le détail de ses vaines raisons. Pour aujourd'hui, en présence de l'effet qu'elles produisent, nous croyons suffisant de lui rappeler à quelle écrasante majorité il s'adresse.
Il s'élève contre l'infaillibilité du Pape, il presse l'Église de se réconcilier avec l'esprit moderne. Voici ce que nos maîtres et nos pères, sur le seuil du Concile, disent au peuple catholique, qui répond : Credo !
Quant à l'infaillibilité, elle n'est pas à créer; elle existe et