LIVRE III, DOCUMENT CCLVI
lui ; maïs parce que vous n'êles pas du monde, et qu'en vous choisissant je vous ai séparés du monde, le monde vous hait. ). On voit ici qu'une véritable réconciliation avec le monde coûterait cher à l'Église et au monde. Cependant ces hommes que hait le monde sont et seront ses juges, et le Maître leur a dit encore cette parole, que FEglise chante dans son inébranlable foi : Sedebilis super sedes, judicantes Israël. Est-ce aux juges de se réconcilier avec les justiciables? Ils ne le pourraient qu'aux dépens de la loi, et ils seraient prévaricateurs.
Que le Correspondant nous permette de le lui dire, sa voie est mauvaise. Ce n'est ni à lui ni à nous de Conseiller l'Église. Nous ne pouvons, lui et nous, rendre service à nous-mêmes et au monde qu'en obéissant à FÉglise, et en prouvant au monde combien notre obéissance a raison.
Louis Veuillot.
(7 novembre 1869)
DaDS une lettre au directeur de VUnivers^ Je secrétaire de la rédaction du Cor^ respondant se plaint que M. Veuillot attribue à la revue des idées qu'elle ne reconnaît en aucune manière ni sur aucun point.
Monsieur le Rédacteur en chef,
UUnivers a déjà consacré plusieurs articles à discuter, comme c'est son droit, les considérations publiées dans le Cor^ respondant du 10 octobre, sous ce titre : Le Concile, et avec ma signature.
La rédaction du Correspondant me charge de prévenir vos lecteurs qu'elle ne reconnaît en aucune manière ni sur aucun point les idées que vous lui prêtez, comme conformes, à celles qui ont été développées dans ce travail.
Nous défions, en particulier, qu'on cite aucune phrase de Tarticle du 10 octobre, qui mettç en doute, de près ou de loin, m. 25
rinfaillibilité du futur Concile et de son Chef, et le devoir des fidèles de se soumettre sans regret, sans hésitation, sans réserve à ses décrets.
Il n'est pas vrai davantage que nous ayons réclamé la périodicité ou la permanence des Conciles. Ceux de vos lecteurs qui voudront juger par eux-mêmes combien votre analyse s'écarte de la réalité n'ont qu'à demander au libraire du Correspondant (29, rue de Tournon) le texte de notre article; ils le recevront gratuitement.
Quant à la partie politique et à nos opinions sur les périls, les ressources et les nécessités des sociétés contemporaines, permettez-nous de vous demander de nous dire exactement, nettement, quels conseils vous donnez aux catholiques sur la conduite à tenir en France et dans les pays où l'égalité civile, la liberté religieuse et la liberté politique ont prévalu. Nous avons besoin de le comprendre avant de changer d'avis.
L'article du Correspondant que vous traitez de manifeste et A'intrigue ourdie contre le Pape n'est pas un manifeste ; encore moins une intrigue; c'est une réponse. Nous avions compris que le Souverain Pontife, en ordonnant de tenir secrets les travaux préparatoires du Concile qui va s'ouvrir, avait voulu garantir la liberté de délibération des membres qui vont prendre place au sein de cette auguste Assemblée, et écarter, en dehors et avant la réunion du Concile, des discussions intempestives. Nous avions compris, nous avions respecté cette sage prescription du Saint-Père. Il a plu à VUnivers, servant d'écho à une revue romaine, de rompre le silence il y a plusieurs mois, et de publier à l'avance des questions que le Pape n'a pas posées, des décisions que le Concile n'a pas prises, des condamnations que l'Église n'a pas prononcées. Ce que vous appelez un manifeste n'est qu'une réponse à vos exagérations inopportunes.
Vous pouvez continuer àdiscuternos intentions, nos paroles, nos actes. Nous ne romprons plus le silence avant le Concile, heureux de nous taire pour écouter bientôt la voix de cette Église catholique, à laquelle, vous le savez bien, nos vies et nos âmes sont fidèlement dévouées.