LIVRE III, DOCUMENT CGLVIÏ
public^ nos lettres, emploient le même mot. C'est un manifeste ; Us désignent le même caractère, hélas ! trop évident : C'est un coup de parti, une intrigue.
Cette dernière expression blesse le Correspondant. Elle n'a été appliquée par VUnivers qu'incidemment et indirectement, à propos d'autres choses. Nous la retirerions volontiers. Elle n'est cependant que juste.
Lorsque M. de Montalembert adhéra si malheureusement au manifeste des « laïques de Coblentz », ceux-ci lui répondirent, toujours sans se nommer, car on ne se nomme pas dans ces affaires ; et la Correspondance de Berlin^ dévouée à M. de Bismark et complaisante pour eux, nous fit connaître leur réponse. C'était au mois d'août, avant le livre de Mgr Maret et quand plusieurs amis de ce Prélat espéraient encore qu'il ne le publierait point. Les anonymes « laïques de Coblentz » faisaient à M. de Montalembert l'injure de lui divulguer leur plan : « Au moment décisif , les représentants les plus autorisés des nations allemande et française sauront faire valoir l'idée de la restauration de l'organisation catholique, et donneront à cette idée une forme déterminée et convenable. » Voilà pour Vintrigue^ et le Correspondant est venu à son heure.
M. le secrétaire nous étonne lorsqu*il nous délie, en particulier, de oîter aucune phrase qui mette en doute l'infaillibilité du Concile et de son Chef^ et lorsqu'il nous dit, avec la même espèce d'assurance, qu'il n'est pas vrai que la rédaction ait réclamé la périodicité ou la permanence du Concile. Encore que tout cela soit emmêlé de suppositions, de contradictions et de précautions oratoires, et insinué plutôt qu'affirmé, il y a pourtant des moments d'oubli, et la parole affirmative échappe quelquefois. La générosité mille fois louable de nos adversaires nous permet de ne pas prendre la peine de multiplier les preuves ; nos lecteurs sauront bien les trouver. Bornons-nous au strict nécessaire.
Nous n'avons point dit que le Correspondant niât l'infaillibilité du Concile et de son Chef. Ce serait trop fort, étant trop clair. Il se borne à nier l'infaillibilité du Chef séparé du Concile*
C'est la grande différence de et et de ou, si célèbre dans le procèsde Figaro. Les catholiques diraient « du Concile avec son* Chef », et « du Concile ou de son Chef». Nos adroits plaideurs disent du Concile et de son Chef, et les voilà tirés d'affaire... devant Bridoison. Mais il y a d'autres juges. Ces autres jugesverront que Tinfaillibilité du Concile et de son Chef est encore soumise à do certaines conditions qui ne sont pas loin de ressembler à certaine ratification nécessaire de l'esprit humain.... moderne. Il est très douteux, par exemple, que le Correspondant croie, de bon cœur, infaillible une décision du Concile rendue par acclamation. Il veut que l'on discute et que le Saint-Esprit prenne le temps de se former une opinion. Il a cent arguments pour prouver combien le temps de la réflexion est indispensable au Saint-Esprit.
Quant à la périodicité du Concile et à sa permanence, au. moyen d'un interconcile dont la forme reste à trouver, voicides paroles qui semblent claires :
« Du moment que les Conciles auront été une fois possibles,. «75 seront toujours nécessaires. »
N'est-ce pas la périodicité?
« Nous voudrions que cette association de l'Épiscopat à lait Papauté, dont nous allons revoir après tant d'années le consolant spectacle, devînt, dans le régime futur de l'Eglise; non plus une solennelle exception, mais un usage qui survécût à la convocation toujours rare des Conciles, et se prolongeât dans leur intervalle, »
N'est-ce pas la permanence?
Que le Correspondant nous dise qu'il ne Tentend pas ainsi^ nous accueillerons ses explications avec joie. Mais quand on a. écrit de telles paroles, c'est une audace aussi vaine que malséante de crier à ceux qui s'en étonnent : Ce n'est pas vrai, nous ne l'avons point dit!
L'effort que font ensuite nos adversaires pour ôter à leur travail le caractère d'un manifeste, qu'il a si visiblement, et pour prouver que c'est simplement une réponse à quelque vieil article de la Civiltà cattolica, ne mérite pas de nous arrêter..