‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 253 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CGLVIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CGLVIII

soit plus mauvais que les siècles antérieurs, qu'il souiïre de choses que le passé n'aurait pas connues, et qu*il se présente avec une plus grande somme d'ignorance et de perversité? Nous ne pouvons pas Tadmetti^e : les erreurs et les crimes sont de toutes les époques; le libre arbitre de la créature a ses défaillances et ses emportements inévitables, et l'imparfaite humanité marche vers son but et accomplit sa destinée, en traversant des vicissitudes pleines de grandeurs et de misères

qui recommencent toujours et ne se ressemblent jamais. Elle

cherche, sans parvenir à le réaliser parfaitement ni pour longtcmps^ Téquilibre des éléments dont se compose le monde : autorité et liberté, droit et devoir, intérêt et conscience, État et Lglise. Ce qu'elle règle se pratique mal ou ne dure pas. Dans les milieux complexes et si variables où elle se meut avec des forces et des faiblesses qui restent les mêmes, le bien et le mal prennent des aspects qui se modifient sans cesse ; et chaque génération semble avoir ses vertus et ses vices préférés. Dresser le tableau comparatif de ces évolutions morales et faire la part de responsabilité qui revient aux divers âges et aux diverses régions est une œuvre où Ton peut difficilement être et paraître impartial, une œuvre qui d'ailleurs ici ne serait pas à sa place. Tout ce que nous voulons dire, c'est que notre temps ne nous fait pas peur et que nous l'aimons, malgré ses défauts; car il a des défauts, et nous n'avons point envie de les dissimuler.

Personne, en effet, ne refusera de reconnaître que bien des choses se passent qui gênent l'action de l'Église et compromettent le salut des âmes, et qui du reste sont une cause de souffrance et une menace pour la société civile. Les vérités de la foi, l'autorité des saintes Écritures, la divinité du Christianisme, Texistence même de Dieu, ne sont-elles pas incessamment attaquées par une critique intempérante ou par un scepticisme froid et railleur, qui prennent la négation pour de la force et lerirepourde lahardiesse et de la raison? Les journaux, les livres et les discours publics ne sont-ils pas à tonte heure dirigés contre ce qu'il y a de plus nécessaire et de plus sacré, la religion, la

morale, la famille et la société? La liberté de parler et d*écrirene va-t-elle pas jusqu'à Textrême licence, ouvrant le chemin à la liberté de tout faire et de tout défaire? Car la logique n'est pas, autant qu'on le croit, absente des choses humaines. Si, ea effet, les droits de Dieu sont contestés et méconnus, comment ceux de Fhomme ne seraient-ils pas précaires et plus que discutables? Et comment y aurait-il des autorités sur la terre, si l'autorité n'est pas daus le ciel? Mais s'il n'existe de droits nulle part, il n'existe point de devoirs non plus; des lors, le respect n'a rien a faire dans le monde, la force seule y règne, et tout est en proie à tous. Ce n'est donc pas seulemeot la religion qui est en cause, c'est aussi l'ordre public et la tranquillité des États : les sophistes sèment le vent, et les nations moissonneut la tempête.

Telle est la situation morale de notre époque. Du reste, le Saint-Père, en y cherchant un remède, l'a décrite dans les termes suivants : « Depuis longtemps, dit-il, tout le monde sait et constate quelle horrible tempête subit aujourd'hui l'Église, et Ile quels maux immenses souiïre elle-même la société civile. L'Eglise catholique et sa doctrine salutaire, sa puissance vénérable et la suprême autorité de ce Siège apostolique sont attaquées et foulées aux pieds par des ennemisacharnés de Dieu et des hommes; toutes les choses sacrées sont vouées au mépris , et les biens ecclésiastiques dilapidés ; les pontifes, les hommes les plus vénérables consacrés au divin ministère, les personnages éminents par leurs sentiments catholiques, sont tourmentés de toutes manières ; on anéantit les communautés religieuses ; des livres impies de toute espèce et des journaux pestilentiels sont répandus de toutes parts; les sectes les plus pernicieuses se multiplient partout et sous toutes les formes; l'enseignement de la malheureuse jeunesse est presque partout retiré au clergé, et ce qui est encore pire, confié en beaucoup de lieux à des maîtres d'erreur et d'iniquité. Par suite de tous ces faits, pour notre désolation et la désolation de tous les gens de bien, pour la perte des âmes, qu'on ne pourra jamais assez pleurer, l'impiété, la corruption des mœurs^

Page 1