LIVRE III, DOCUMENT CGLVIII
la licence sans frein, la contagion des opinions perverses de tout genre, de tous les vices et de tous les crimes, la violation des lois divines et humaines, se sont partout propagées à ce point que, non seulement notre très sainte religion, mais encore la société humaine, sont misérablement dans le trouble et la confusion. »
Celte peinture est triste, et de tels maux ont besoin d'être combattus avec zèle et vigueur. Non pas qu'il faille se flatter d'en avoir entièrement raison, quelque effort qu'on fasse; mais- 11 est possible d'en arrêter le développement et d'en limiter les funestes conséquences; d'ailleurs le rôle des justes dans celtevie de luttes et d'épreuves, c'est de venir en aide à ceux qui s'égarent et les ramener à la vertu. Or, tel est précisément le droit et le devoir de l'Église. Elle est instituée de Dieu pour éclairer, diriger et soutenir les âmes par la prédication de la vérité, par ses règles de discipline et par l'efficacilé des sacrements. Cette mission de salut, Jésus-Christ l'a confiée aux Apôtres et aux Lvêques leurs successeurs; ils la remplissent depuis dix-huit siècles, veillant sur tout le troupeau où le- Saint-Esprit les a placés pour gouverner l'Église de Dieu, sous la commune houlette du Souverain Pontife, successeur de- Pierre, chargé de paître les agneaux et les brebis. En conséquence, l'objet de leur travail est de se maintenir et de maintenir les fidèles dans l'unité, qui a pour signe public et permanent la communion avec le Pape, divinement investi d'une primauté d'honneur et de juridiction s 'étendant à tout& l'Église.
L'œuvre s'accomplit dans ces conditions; que les Évéques soient dispersés ou réunis, ils instruisent et gouvernent avec autorité et succès. Les délibérations générales, les résolutionsconcertées, ne sont donc pas absolument nécessaires dans l'Église ; mais elles y ont toujours paru d'une force considérableet d'une grande efficacité. On n'a rien trouvé de meilleur que cette union des conseils et des sollicitudes pour faciliter la définition des dogmes de foi, pour réfuter et dissiper les erreurs les plus répandues, pour mettre en lumière et développer la
doctrine religieuse, pour maintenir et relever la discipline ecclésiastique, pour corriger et perfectionner les mœurs. On n'a rien trouvé de meilleur non plus pour engager les chrétiens à recevoir avec promptitude et respect les décisions doctrinales et disciplinaires de l'Église, formulées et décrétées par les Évoques du monde entier, qui ne prononcent qu'en tenant compte tout à lafois de la Révélation dont ils sont les gardiens, et des sentiments, des habitudes et des besoins de leurs diocèses, dont ils sont les pasteurs et les guides.
Aussi le Saint-Père déclare-t-il opportune la réunion d'un Concile où tous les Évêques du monde catholique seront appelés à s'entendre sur le caractère et la portée des maux actuels et sur les remèdes qu'il est expédient de leur appliquer. « Le Concile œcuménique, dit la bulle d'indiction, devra donc examiner avec le plus grand soin et déterminer ce qu'il convient de faire, en ces temps si calamiteux, pour la plus grande gloire de Dieu, pour Tintégrité de la foi, pour la splendeur du culte, pour le salut éternel des hommes, pour la discipline et la solide instruction du clergé régulier et séculier, pour l'observation des lois ecclésiastiques, pour la réforme des mœurs, pour l'éducation chrétienne de la jeunesse, pour la paix générale et la concorde universelle. Il nous faudra travailler aussi de toutes les forces de notre esprit, et avec l'aide de Dieu, à délivrer de tout mal l'Église et la société civile, à ramener dans la voie de la vérité, de la justice et du salut les malheureux qui s'égarent. EnHn nous devons réprimer tout vice et repousser toute erreur, afin que notre auguste religion et sa doctrine salutaire reprennent partout une vigueur nouvelle, qu'elles se propagent de jour en jour, qu'elles reconquièrent leur légitime empire, et qu'ainsi la piété, l'honnêteté, la probité, la justice, la charité et toutes les vertus refleurissent pour le salut du monde. Non seulement, en effet, la puissante influence de l'Église et de sa doctrine a pour objet direct le salut éternel des hommes, mais aussi, et personne ne le niera, le bonheur temporel des peuples, leur véritable prospérité, le maintien de la paix et de l'ordre, le progrès même et la solidité des sciences humaines : les faits les