LIVRE m, DOCUMENT CCLVIII
plus éclatants de Thistoire ne le prouvent-ils pas constamment et de la manière la plus évidente? »
Tel est donc, ainsi qu'on le voit par les paroles du Saint- Père, tel est l'objet général dont s'occupera rassemblée des Évêques. Naturellement il se décompose en divers points qui deviendront à leur tour l'objet de décisions spéciales et donneront lieu sans doute à des mesures particulières. Mais cela ne peut se faire sans qu'on agisse par là même sur vos opinions et vos doctrines pour les fixer et peut-être les corriger, et sur certains détails de votre conduite privée ou sociale pour y apporter quelque heureuse modification. Cette perspective ne vous a pas toujours été présentée d'une manière satisfaisante, et plusieurs semblent avoir pris & tâche de vous inquiéter à ce sujet. Ils vous ont dit, par exemple, qu'on imposerait à votre foi catholique des articles que jusqu'ici vous n'étiez pas tenus de croire ; que des questions intéressant la société civile et les relations de l'Église et de l'État seraient traitées et décidées dans un esprit d'opposition aux lois et aux mœurs politiques du temps présent; qu'on enlèverait certain vote par acclamation, qu'ainsi les Évêques ne seraient pas libres, et que la minorité, fût-elle éloquente, serait traitée comme un parti d'opposition qu'étoufferait bientôt la majorité.
Mais rassurez-vous, nos très chers frères. Ces plaintes, au moins prématurées, ne peuvent prendre leur source que dans une connaissance imparfaite des choses, et ces menaces offensantes viennent assurément d'hommes plus hardis qu'autorisés. L'Église n'est pas une école de désordre et de violence ; les Évêques, ses représentants et ses interprètes au Concile, ne voudront pas se départir du plus religieux respect pour la vérité et des plus grands égards pour les personnes, et ils traiteront leurs droits comme ceux des autres avec une conscience réfléchie et avec un profond sentiment de justice.
D'abord, en ce qui touche les définitions nouvelles, si le Concile œcuménique ordonne de croire explicitement des choses qu'on pouvait nier jusqu'ici sans être hérétique, c'est que ces choses seraient déjà certaines et généralement admises ; car en
€68 matières les Évoques sont des témoins qui constatent, et non pas des auteurs qui inventent. Pour qu'une vérité devienne article de foi, il faut qu'elle ait été révélée de Dieu et qu'elle soit contenue dans le dépôt que les siècles chrétiens gardent jBdèlement et se transmettent Tun & l'autre sans altération. Or, on n'en saurait douter, cinq ou six cents Évêques n'attesteront pas, à la face de Tunivers, avoir trouvé dans les croyances de leur Église respective ce qui n'y est pas. Si donc ils proposent, «n Concile, des vérités àcroire, c'est qu'elles existent déjà dans les monuments de la Tradition et dans le commun enseignement de la théologie, et qu'ainsi elles ne sont pas une nouveauté.
Il y a plus : les Évêques auraient reçu des siècles antérieurs, par voie de tradition, certaines vérités considérables, qu'ils ne «'empresseraient pas pour cela de les déclarer articles de foi. Le pouvoir de l'enseignement ne leur a pas été donné pour la destruction, mais pour l'édification. Avant donc d'ajouter auiL obligations du peuple chrétien et d'accroître peut-être les obstacles qui s'opposent au retour de nos frères dissidents, ils voudraient examiner sérieusement les dispositions générales du monde et rechercher si ces nouvelles dispositions de foi sont opportunes et vraiment réclamées par l'état des esprits. C'est de la sorte que nos aînés ont procédé, comme le témoigne Thistoire des Conciles, et c'est de la sorte aussi que procédera la prochaine assemblée des Évêques. Si donc elle ordonne, sous peine d'anathème, de croire désormais quelque vérité qui jusqu'à présent n'était pas de foi catholique, c'est que cette vérité se trouverait déjà dans la tradition léguée par vos ancêtres, et qu elle serait d'ailleurs jugée utile au progrès du sentiment religieux et au triomphe de l'Église. Dans ces conditions, délibérés en Concile parle Pape et les Évêques, des décrets comme ceux que redoutent plusieurs personnes n'auraient rien d'abusif ni de périlleux; ils seraient au contraire l'exercice régulier d'un droit et ne pourraient qu'avoir en définitive de salutaires effets. Il n'est pas loisible de penser autrement à qui veut rester catholique.
Ensuite, quant aux questions qui intéressent plus directe*