LIVRE III, DOCUMENT CCLXIÏ
peu, comme la lime use le fer, les chaînes de la guerre, de l'esclavage et de la débauche, qui pèsent sur les hommes? Quel bonheur que TÉglise ne change pas, encore une fois, pendant que tout change! Quel bonheur qu'elle ne fléchisse pas, pendant que tout est ébranlé! L'Église a le droit de porter un regard maternel, mais sévère, sur les sociétés contemporaines ; non pas seulement sur ceux qui souffrent et veulent se révolter, et auxquels elle doit dire avec saint Pierre : « Ne faites pas de la liberté le voile de votre malice et de vos cupidités ; » mais encore, et avant tout, sur ceux qui jouissent et ne pensent pas à se réformer; et à tous elle peut dire : « Que devîendriez-vous sans moi ? Vous vous amusez, vous vous enrichissez, vous vous querellez. Qu'adviendrait-il du monde, si, pendant vos folies, vos cupidités et vos batailles, je n'étais la source perpétuelle de la vertu, le refuge de Thonneur et du bon sens, le foyor permanent de la lumière, Tindestructible asile des vérités qui vous sauvent? Que pèseraient vos sciences, vos systèmes et vos industries, au milieu de l'océan du mal, pour abriter la pureté de vos filles, la tranquillité de vos derniers moments et l'honneur du nom d'homme? Je demeure immobile, au même poste, depuis dix-neuf cents ans, en face de votre perpétuelle et malheureuse mobilité. Encore une fois, venez à moi, vous qui êtes fatigués; et qui donc n'est pas fatigué? »
Rappeler aux hommes les grandes vérités éternelles; les rendre, s'il se peut, encore plus claires et plus solides ; défendre le dépôt sacré contre toute innovation, mais aussi contre tout affaiblissement : telle est la première mission du Concile, parce que tel est le premier besoin des hommes.
Le Concile en a une autre.
Le Concile a un grand devoir à remplir au nom de la charité.
La vérité exige que nous ne changions jamais. La charité,
si je l'ose dire, exige que nous changions toujours; je veux
dire qu'elle sait prendre, comme la grâce, toutes les formes pour s'accomjnoder aux besoins des hommes et des temps. C'est pourquoi il y a un côté invariable et un côté variable dans la religion. Nos principes ne peuvent pas varier, nos procédés doivent varier. Nous avons àprècher Dieu aux hommes, le même Dieu dans des langues diverses, le même Dieu à des peuples divers, le même Dieu à des époques diverses. Malheur à nous, si nous trahissions Dieu et blessions la vérité ! Malheur à nous, si nous oubliions la charité et blessions les âmes !
Quelles paroles à la fois sublimes, formidables et tendres, Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a-t-il pas adressées ici à tous les prêtres, à tous les chrétiens ! « Je ne suis pas venu perdre les âmes, mais les sauver. — Je suis le bon Pasteur. — Je n'appelle pas les justes, mais les pécheurs. — Je viens guérir les malades ; les bien portants n'ont pas besoin de médecin. — Je n'achève pas le roseau à demi rompu, je n'éteins pas la mèche qui fume encore. — Les pauvres sont évangélisés. — Si vous êtes une pierre d'achoppement, un scandale, un obstacle, pour un seul de ces petits, il vaudrait mieux qu'on vous jetât à l'eau avec une pierre au cou. Vous demandez que le feu du ciel tombe sur cette ville ! Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ! »
Et ce qu'il disait, il le faisait. Quels trésors de charité et de mansuétude dans ce cœur! quelle tendre et infatigable poursuite des pécheurs ! quel amour des âmes ! quel cri sur Jérusalem, quelles larmes : « Jérusalem, Jérusalem! j'ai voulu rassembler tes enfants, comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes!... »
Yoilâ les paroles et les exemples du Maître, et par conséquent les devoirs des disciples. Il faut, en quelque sorte, nous faire hommes ainsi que lui, nous revêtir de la chair et du sang de nos frères, afin de les attirer à lui. Nous sommes, comme Pierre et André, des bateliers sur le rivage, et nous avons, sans cesse, à orienter nos barques et à raccommoder nos filets, pour recommencer sans fin notre pêche, tantôt ici, tantôt là.
Nous sommes encore les ouvriers dans le champ du père