LIVRE III, DOCUMENT CGLXII
de famille, et nous avons sans cesse à travailler le sol, et à jeter de nouveau la semence.
Jamais la moisson n^a été plus abondante.
Mais à ce siècle, qui a besoin de nous, et dont nous avons aussi besoin, il faut frayer les pas vers nous. Il faut que la charité prépare les voies à la vérité.
C'est-à-dire qu*il faut ouvrir à ce siècle nos bras, il faut surtout lui ouvrir nos cœurs. Il nous écoutera, quand nous saurons lui parler.
Il ne s'agit pas de lui sacrifier une parcelle quelconque de l'étemelle vérité ; il ne s'agit pas de concessions ou de complaisances indignes ; il s'agit seulement de l'aimer, et en l'aimant, de le coçaprendre, de l'éclairer, de le relever, de l'amener doucement Il la vérité.
Yoil& ce que sait et veut l'Église; voilà ce qu'elle nous demande; voilà ce que fera le Concile.
Non, ne craignez pas, hommes de ce siècle. Sans doute, le Concile vous dira la vérité, la vérité tout entière; mais rien que la vérité : il ne songe en aucune sorte à vous imposer, sous le nom de la vérité, des fardeaux qui ne seraient ni dans la foi, ni dans la loi, et que vous ne pourriez pas porter.
Il ne condamnera, il n'insultera aucun des dons de Dieu aux hommes, même ceux dont ce siècle a abusé. Hélas ! n'est-ce pas l'étemel malheur de l'homme d'abuser de ce qui est bon? N'y a-t-il pas eu sur la terre le despotisme, abus de l'autorité, l'illuminisme, abus de la raison, la licence, abus de la liberté? Et cependant la raison, l'autorité et la liberté sont des dons de Dieu. La religion ne veut que purifier ces dons, les élever, les ennoblir, les sauver de leurs propres excès.
On a dit que le Saint-Père, en ne convoquant pas expressément les gouvernements au Concile, avait rompu avec les états. Non, il n'en était rien. Toutefois il ne s'agit pas tant au Concile de proclamer l'alliance avec les États^ que l'alliance entre l'Église et la société : alliance toujours nécessaire et toujours possible; alliance qui dépend bien moins des lois que de l'esprit public; alliance qui est indispensable au bonheur de
la société elle-même, comme à la paix de TÉglise ; mais alliance que l'on proclame vainement dans les traités et dans les actes publics, quand elle n'existe pas dans les âmes. C'est jusque-là, c'est jusqu'aux âmes qu'il faut donc aller, pour que cette alliance soit sérieuse, sincère et efficace; et voilà pourquoi l'Église avant tout veut parler aux âmes.
L'Église est une mère, et à côté de sa vigilance, de son autorité, de sa souveraineté maternelle, elle a Une tendresse invincible, une majesté sereine et aussi une souveraine sincérité. La charité débordera de son langage, le monde entier sentira dans ses paroles, avec une intelligence sérieuse et solide des intérêts et des besoins du temps actuel, avec une intelligence grave et affectueuse de ses maux, de ses véritables maux et de leurs véritables remèdes ; il sentira, dans les Évêques, une charité à la fois paternelle et fraternelle, aussi forte que tendre, aussi généreuse que lumineuse, je Tose dire, aussi intrépide que perspicace.
Yoilà, nous le disons sans crainte d'être démenti par aucun d'eux, les sentiments que tous les Évêques portent au Concile, en ce qui touche la société contemporaine.
Et de plus, de ce lieu élevé du Vatican où ils seront, jetant leurs regards sur la terre entière, quel sérieux examen n'auront-ils pas à faire de l'état du monde et de l'action de l'Église dans le monde !
Depuis dix-huit siècles la vérité a rayonné sur l'univers ; le niveau général du vrai, du beau, du bien s'est relevé admirablement sous la main de Jésus-Christ : la famille humaine tout entière respire plus librement, depuis que l'Évangile a paru parmi les hommes. Un soleil nouveau éclaire le monde moral dans son ensemble; car Dieu a parlé, et il n'est pas une créature qui n'ait reçu l'écho plus ou moins lointain de la voix divine, et sur les plus désespérés, l'espérance est tombée du ciel, avec le sang de Jésus-Christ, comme une rosée.
Mais pourtant, à considérer le règne de la vérité sur chaque âme, en particulier, et sur chaque point du monde, le spectacle est encore bien affligeant. Que de millions de créatures