LIVRE III, DOCUMENT CCLXII
humaines à convertir au Christiamsmel Sur 400 millions de chrétiens, 150 millions sont en dehors de TÉglise catholique visible, et l'incrédulité ou l'immoralité pèsent lourdement sur ces 400 millions d'hommes qui n'ignorent pas Jésus-Christ. Yoilà la vérité sans phrase. Grand Dieu I vous connaissez vos élus, et ce qui reste pour votre partage !
Mais que les hommes ne fassent pas les fiers on les dédaigneux! Si la' religion occupe en apparence, après tant de temps, une place si petite sur la carie du globe, la civilisation, la philosophie, ce qu'ils nomment le progrès, occupe une place plus petite encore et marche à pas plus lents : qu'ils regardent Londres et Paris! D'ailleurs nulle doctrine, je viens de le dire, nulle force morale, n'ont surgi depuis le Christianisme. Nulle doctrine, nulle religion, ne peuvent l'égaler ou l'imiter même de loin. Sans doute le Christianisme n'éclaire pas encore partout, mais il n'y a pas d'autre lumière.
Mais nous, apôtres de la foi, soyons humbles à notre tour, et regardons en face les devoirs de notre mission.
Pour moi, je suis, je vous l'avoue, mes frères, bien plus occupé de répandre la vérité que de la discuter. Après dix-neuf siècles, le monde intellectuel et le monde moral sont fondés. Nous ne parlons pas en vain de la durée de l'Église et du prodigieux spectacle de sa perpétuité. Qui donc lui donne le temps pour serviteur, si ce n'est Dieu? Mais comment n'a-t-elle pas encore tout l'espace, si ce n'est surtout à cause de l'infirmité de nos vertus? Eh bien, voilà de nouvelles forces, les distances n'existent plus, les continents se rapprochent, les mers se communiquent, les isthmes s'ouvrent, et les transports s'accélèrent sous nos pas... Quelle tristesse, quelle honte, si ce siècle restait le siècle de la polémique et de la peur, au lieu d'être le temps de l'espérance et de l'apostolat!
Sortons de l'Europe et des petites querelles de l'Europe. Changeons, élargissons nos horizons. En face de huit cents millions d'hommes à convertir, soulever des discussions violentes et superflues, se quereller sur les formes variables des gouvernements, c'est perdre son temps et sa peine. Gémir,
condamner, multiplier les malédictions, en ces temps de faible foi, ce n'est pas assez. v l'œuvre! Tâchons de vaincre le mal par le bien, Tégoïsme par la charité, l'ignorance par le savoir, les préjugés antichrétiens par les vraies lumières chrétiennes, les vices et les haines par la sainteté. Un Concile est une veillée des armes, et comme une nouvelle pentecôte avant la séparation des Apôtres partant pour la conquête spirituelle du monde. Reprenons dans des mains encore plus zélées TÉvangile et la Croix, pour les porter aux païens ignorants, aux protestants éloignés de nous et dont un grand nombre regardent vers nous, aux Grecs séparés depuis tant de temps pour si peu, aux impies orgueilleux, à tant d'hommes que le malheur des temps a éloignés de Jésus-Christ, aux pauvres gens trompés qui haïssent FÉglise qu'ils devraient bénir : ne parlons pas toujours de ceux qui sont dans les ténèbres, sans nous souvenir que ces ténèbres, nous aurions peut-être pu, avec plus de lumière et d'ardeur, les dissiper!
L'histoire est comme un cinquième Évangile que nous ne devons pas cesser de méditer. Elle nous apprend quels furent les moments oh l'Église a converti les hommes, et quels furent les moments où elle n'eut plus la même puissance de les convertir.
Comment s'y prenaient les Apôtres? Par la foi, l'amour, la charité, la parole et la sainteté. Je n'en dis pas davantage : c'est avec cet immortel souvenir qu'il nous faudra nous consulter les uns les autres, et chercher, au'Concile, en face des incroyants, des protestants, des grecs, des musulmans, des bouddhistes, des païens, et de la multitude des créatures qui n'existent pas encore, ce que nous avons à faire de mieux, pour parler aux âmes, sans sacrifier une parcelle de la vérité, la langue qui peut leur convenir, et les conduire à Dieu ; et en réformant nos mœurs, nos coutumes, nos procédés, notre éducation, toute cette partie de nos institutions qu'il convient d'adapter, avec une charité infinie, aux besoins spirituels des pauvres hommes.
En un mot, Affirmaiion inébrafilable des doctrines qu'il faut