LIVRE III, DOCUMENT CGLXIII
Deux journaux surtout, la Civiltà cattolica et VVnivers, ont pris ici la plus étonnante des initiatives. Tandis que le Saint- Père imposait un prudent et rigoureux silence aux consulteurs des Congrégations romaines chargés des travaux préparatoires au Concile, ils n'ont pas craint de livrer au public les questions qui, selon eux, doivent être agitées et résolues par la future Assemblée. Ils ont annoncé, eu particulier, que la question de l'infaillibilité personnelle du Pape y serait définie : bien plus, qu'elle serait définie par acclamation.
Cette délicate question ayant été ainsi soulevée et jetée dans la rue et dans la presse, un Prélat belge, mon saint ami, Mgr Dechamps, récemment nommé Archevêque de Malines, a publié un écrit spécial sous ce titre : Est-il opportun de définir dans le prochain Concile P infaillibilité du Pape? et il a répondu affirmativement. Déjà, dans un premier écrit, le nouvel Archevêque de Westminster, le pieux et éloquent Mgr Manning, avait traité la même question au même point de vue, et en a traité depuis, plus expressément encore, dans une seconde lettre à ses diocésains. Les journaux anglais, catholiques et protestants ont pris une part active à la controverse.
D'un autre côté, les Évêques allemands réunis à Fulda, le Mémorial diplomatique l'annonçait il y a quelques jours, outre cette lettre si pleine de mesure, d'élévation et de gravité, que toute l'Europe a admirée, ont adressé au Souverain Pontife, mais sans le livrer à l'avide publicité des journaux, un Mémoire pour lui demander de ne permettre pas que la question de son infaillibilité personnelle fût posée au prochain Concile.
Les choses en étaient là quand la controverse s'est réveillée en France entre plusieurs de nos vénérés collègues. Malheureusement les journaux s'en sont immédiatement emparés avec une ardeur extrême : la prompte et vive simultanéité des attaques a ému le public ; une certaine presse, sous les yeux de laquelle s'agitait ce débat, s'en est tristement égayée, et des publicistes connus se sont moqués de ce qu'ils appelaient la guerre sainte.
leurs curés, et sont allés leur demander de signer, soit le vœu de croire à rinfaillibilité, soit des pétitions sur ce sujet pour le Concile.