LIVRE m, DOCUMENT CGLXIII
Fautorité du Saint-Père n'avait été plus respectée dans TÉglise, ni sa parole mieux écoutée. Jamais les Ëvêques n'avaient été plus empressés à se serrer autour de la Chaire pontificale, accourant, non pas même sur un ordre, mais sur un simple désir du Pape, des extrémités du monde, au centre de la catholicité.
En quoi donc le Concile pouvait-il être une occasion de provoquer des controverses sur les prérogatives pontificales? Est-ce dans ce but, est-ce pour se faire déclarer infaillible, que le Saint-Père a voulu assembler les Évèques du monde entier? La définition de l'infaillibilité personnelle est- elle entrée pour quelque chose dans les motifs et les causes de la convocation du Concile? Pas le moins du monde.
Quand le Pape Pie IX annonça, dans deux allocutions célèbres, aux Évèques rassemblés à Rome en 1867, son projet de convoquer un Concile œcuménique, il ne dit pas un mot de la nécessité ou de l'utilité de faire ériger en dogme de foi par la future Assemblée son infaillibilité personnelle.
Et les cinq cents Évèques, réunis alors à Rome, dans leur adresse au Saint-Père, en réponse à cette communication, ne dirent pas non plus un seul mot de cette question.
Enfin, dans la bulle d'indiction, où le Saint-Père a tracé si largement, et avec un si grand langage, le programme du futur Concile, il ne fut de même nullement parlé de son infaillibilité personnelle.
Non, nulle part, dans aucun des actes du Saint-Père, cette préoccupation de grandir son autorité au moyen du Concile, et à la faveur de ce respect dont le monde entoure ses vertus et ses malheurs, n'apparaît un seul instant.
Vous le savez. Messieurs, ce sont d'autres et bien grands buts que le Vicaire de Jésus-Christ assigne à l'assemblée des représentants de l'Église catholique.
« Porter remède aux maux du siècle présent dans l'Église et la société » , voilà pourquoi le Pape a convoqué le Concile ; et de là, certes, que de questions posées par les temps nouveaux et par la crise actuelle 1 On se demande de toutes parts avec
anxiété si, à une époque aussi incertaine où d'un moment à l'autre peuvent surgir des événements capables de dissoudre le Concile avant qu'il ait achevé son œuvre, les Ëvèques auront même le temps de les traiter.
. Et c'est au milieu de tant d'urgentes et nécessaires questions qu'on voudrait tout à coup en jeter une, nouvelle, imprévue, inattendue, d'une solution difficile assurément, et pleine d'orages ! et que l'on s'exposerait, en suivant la voie tracée par les journalistes, au lieu de ce magnifique spectacle d'union que le monde attend de nous, à en donner un tout contraire !
Hélas ! on peut prévoir déjà, à l'àpreté de ces débats p^réliminaires, ce que cette question, si on l'y portait, pourrait sou* lever de discussions au sein du Concile !
Mais pourquoi l'y porter? Est-ce que la nécessité y force? Est-ce que les périls du temps l'imposent?
NonI Mais j'entends dire qu'il s'agit ici d'un principe.
D'un principe? Eh quoil répondrai-je à mon tour, ce principe, si c'en est un, est-il donc nécessaire à la vie de l'Église^ qu'il devienne dogme de foi? Comment alors expliquez-vous que l'Église ait vécu dix-huit siècles, saûs que ce principe essentiel à sa vie ait été défini? Comment expliquez-vous qu'elle ait formulé toute sa doctrine, produit tous ses docteurs, condamné toutes les hérésies, sans cette définition? De nécessité, il n'y en a évidemment aucune ici, et la solution de cette question n'est pas plus indispensable qu'elle n'était réclamée.
La raison, d'ailleurs, en est simple. L'Église est infaillible, et l'infaillibilité de l'Église suffit à tout jusqu'à cette heure. Craignez-vous qu'à l'avenir elle devienne insuffisante, et vous flatteriez-vous que ceux qui ne voudront pas croire à l'infaillibilité de l'Église unie au Pape croiront plus facilement à l'infaillibilité personnelle et séparée du Pape ?
Est-ce qu'il y a dans l'Église catholique un doute sur l'infaillibilité de l'Église? Est-ce qu'ici tous ne sont pas d'accord? Est-ce que le moindre fidèle ne se sait pas en communion avec son pasteur, qui est en communion avec son Évèque, qui est en communion avec le Pape? Est-ce que cela ne suffit pas