‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 278 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CCLXIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CCLXIII

pleinement à la sécurité de notre foi? et dans cet accord merveilleux de témoignages, les fidèles n^ont-ils pas tous une sûre garantie contre Terreur?

Craignez-vous que l'Église ne puisse plus vivre à Tavenir sur les mêmes bases qui Tout soutenue dans un passé de dixneuf siècles ?

Que parlez-vous donc de la nécessité de faire dans un Concile une définition nouvelle sur la règle de la foi, et de constituer dogmatiquement une nouvelle règle de foi ? Quoi ! c'est en notre siècle qu'il devient nécessaire de venir mettre cela en question, de toucher à ce principe constitutif, à ce ressort principal de la vie de l'Église I Nous aurions été constitués durant tant de siècles d'une façon défectueuse ou incomplète !

Après dix-huit cent soixante-dix années d'enseignement, il faut qu'on en vienne à se demander, dans un Concile, qui a le droit d'enseigner infailliblement ! Et cela à la face du monde incrédule et protestant qui nous regarde ! Non, laissons là ces questions que rien n'appelle. Que des publicistes téméraires n'aillent pas, avant l'heure, étonner et désorienter le bon sens des fidèles par des controverses violentes, qui semblent vouloir imposer d'avance ces questions aux Évèques. Pour moi, Messieurs, ma pensée, en la soumettant à mes vénérés collègues, est formelle sur ce point. Quand le chêne est vingt fois séculaire, creuser pour chercher le gland originaire sous ses racines, c'est vouloir ébranler l'arbre entier I

Mais n'y a-t-il pas déjà, Messieurs, des précédents décisifs pour cette question d'opportunité qui nous occupe? Je rappellerai d'abord la sage conduite du Concile de Trente et du Pape Pie IV-

Au fond, du temps du Concile de Trente, la question qui passionna si vivement les esprits et fut même sur le point d'amener la dissolution du Concile, c'était, sous une autre

forme, car les questions ne reviennent jamais absolument sons les mêmçs formes, celle-là même dont nous traitons ici.

Comment oublier avec quelle sagesse le Saint-Siège sut écarter le péril de ces controverses en écartant le débat?

Pie IVy à la fin, voyant combien les esprits étaient émas, écrivit à ses Légats pour leur ordonner de retirer le sujet da litige, et déclara qu'il ne fallait rien traiter qui pût provoquer des discussions orageuses et jeter de la division parmi les Évèques. Il posa cette règle si sage qu'il ne fallait rien décider que de leur consentement unanime : Ne de/i?iirentur, nisi ea^ de quibus inter Patres unanimi consensione constaret *.

Le Concile comprit qu'il avait autre chose à faire, devant les erreurs du temps, que d'ériger en dogmes des opinions, si respectables qu'elles fussent, mais controversées parmi les docteurs, et de flétrir des théologiens catholiques. Et la discussion fut mise de côté, sans dommage aucun pour TÉglise.

Je me souviens très bien, et plus d'un Évéque présent à Rome en 1867 peut se le rappeler, qu'une des plus sérieuses préoccupations de Pie IX, avant de se décider à convoquer le Concile du Vatican, c'était qu'il n'y surgît quelque question de nature à provoquer des discussions orageuses et des divisions dans rÉpiscopat. Mais le Pape se souvint de la conduite si sage du Concile de Trente et de Pie IV, et, sur l'espoir qu'on ne l'oublierait pas au futur Concile, il passa outre.

Est-ce qu'on penserait que, pour soulever et trancher une question aussi délicate que celle de la définition dogmatique annoncée, nous sommes aujourd'hui en des temps plus favorables que ceux du Concile de Trente ; et que nous vivions à une époque de foi plus vive, et de plus générale soumission à l'Église?

Un autre précédent de sagesse et de modération qu'il faat rappeler ici, c'est la conduite du Pape Innocent XI à l'égard de Bossuet. Quand Bossuet écrivit son Exposition de la doctrine catholique^ après avoir, à l'article de l'autorité du Saint-Siège,

1. Voir ce récit dans Pallayicini, 1. XIX, eh. xv, et ailleurs encore.

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