‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 279 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT GGLXIII. Ui · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT GGLXIII. Ui

établi fortement la primauté de droit divin, la primauté d'honneur et de juridiction de saint Pierre et des Papes ses successeurs, il passa sous silence, expressément et à dessein, la question de Tinfaillibilité pontificale.

« Quant aux choses dont on sait qu'on dispute dans les écoles, quoique les ministres ne cessent pas de les alléguer pour rendre cette puissance odieuse^ il n'est pas nécessaire d'en parler ici, puisqu'elles ne sont pas de la foi catholique. »

Ce silence réfléchi et calculé à l'endroit de l'infaillibilité du Pape empêcha-t-il Innocent XI d'approuver l'ouvrage? Bien loin de là; car ce saint Pape adressa à Bossuet deux brefs, dans lesquels il le félicitait Savoir écrit ce livre avec une méthode et une sagesse bien propres à ramener les hérétiques dans la voie du salut^ et à procurer à V Église les plus grands biens pour la propagation de la foi orthodoxe.

Bossuet, d'ailleurs, en écartant avec soin, dans la pensée si sagement exprimée par Innocent XI, le point controversé, n'avait fait qu'imiter le catéchisme du Concile de Trente. J'ai lu et relu ce grand catéchisme, composé, sur l'ordre du saint Concile et des Souverains Pontifes, par les plus célèbres théologiens romains : je l'ai lu, avec la pensée expresse de chercher s'il parlait, oui ou non, de Tinfaillibilité du Pape, et j'ai constaté qu'il n'en dit pas un seul mot. Et il n'en est pas question non plus dans la solennelle profession de foi dressée par l'ordre de Pie IV et insérée au Pontifical romain.

Enfin, pourquoi ne citerions-nous pas ici l'exemple du vénéré Pie IX lui-même? On sait qu'il y a deux ans environ, en 1867, cent quatre-vingt-huit ministres anglicans lui écrivirent pour lui témoigner de leur bonne volonté, et lui demander les bases possibles de l'union : que fit le Très Saint Père? Dans une réponse pleine de charité et de sagesse, il parla de l'autorité de l'Église^ il parla de la suprématie du Pape, mais il ne parla pas de son infaillibilité.

Et c'est quand le Saint Père, dans l'inspiration de son noble et pacifique cœur, donne de tels exemples de modération et de sagesse, que des journalistes, en s'abritant devant le nom vénéré

qu'ils profanent dans de semblables luUes, oui entrepris, à force d'affirmations tranchantes, de peser sur Topinion publique, tandis que, du même coup, comme s'ils voulaient intimider les Évoques et leur fermer la bouche, ils tiennent suspendues audessus de leur tète des insultes et des attaques pleines de violence et de fiel.

Je puis leur dire : Vous ne connaissez ni Pie IX, ni TÉpiscopat.

Nous parlions de nos frères des communions séparées. C'est en effet quand on se place à leur point de vue que la question d'une définition de l'infaillibilité personnelle du Pape parait surtout grave et périlleuse.

Qu'on y songe : il y a 75 millions de chrétiens orientaux séparés; il y a près de 90 millions de protestants de toutes nuances.

Certes, s'il est un intérêt suprême pour l'Église, un vœu ardent de tous cœurs vraiment catholiques, c'est bien le retour à l'unité de tant de frères sortis du giron de la même mère, et aujourd'hui éloignés de nous. Voilà la grande cause pour laquelle il faudrait être prêts, tous, à donner son sang, et trembler à la seule pensée de ce qui pourrait la mettre en péril. Aussi quelles invitations pressantes du Saint-Père aux Églises orientales Quel appel aux Communions protestantes!

£h bien, qu'est-ce qui sépare de nous les Orientaux? La suprématie du Pape. Ils ne veulent pas la reconnaître comme de droit divin. C'est le point sur lequel on n'a jamais pu, ni après Lyon, ni après Florence, les décider sérieusement, efficacement, et amener un retour durable.

Et voilà qu'à cette difficulté insurmontable jusqu'à ce jour, qui les tient depuis neuf siècles séparés de l'Église et de nous, on voudrait ajouter une difficulté nouvelle et beaucoup plus grande, élever entre eux et nous une barrière qui n'a jamais existé, en un mot, leur imposer un dogme dont on ne leur parla

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