‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 280 sur 536 · LIVRE m, DOCUMENT CCLXIII · texte numérisé non relu

LIVRE m, DOCUMENT CCLXIII

jamais, les menaçant, s'ils ne Tacceptent pas, d'un nouvel ana^ thème !

Car ce n'est plus seulement la primauté de juridiction qu'ils devront reconnaître, c'est l'infaillibilité personnelle du Pape,

« EN DEHORS ET SÉPARÉMENT DU GoRPS ÉPISGOPAL * )>.

Se pourrait-il, je le demande, et ici je répète simplement ce que le bon sens a déjà inspiré à ceux qui ont voulu y réfléchir, se pourrait-il, vis-à-vis des Églises orientales séparées, rien de plus contradictoire qu*une telle conduite, et de moins persuasif qu'un tel langage : « Nous vous invitons à profiter de la grande occasion du Concile œcuménique pour vous expliquer et vous entendre avec nous. Mais voici auparavant ce que nous allons faire : élever un nouveau mur de séparation, une nouvelle et plus haute barrière entre vous et nous. Un fossé nous sépare, nous allons en faire un abîme. Vous vous êtes refusés jusqu'à présent à reconnaître la simple primauté de juridiction du Pontife romain; nous allons vous obliger préalablement à croire bien autre chose, et à admettre ce que jusqu'ici des docteurs catholiques eux-mêmes n'ont pas admis : nous allons ériger en dogme une doctrine bien plus obscure, pour vous, dans rÉcriture et dans la Tradition, que le dogme même non encore accepté par vous, à savoir, l'infaillibilité personnelle du Pape, seul, indépendamment et séparément des Évêques. Voilà dans quelles conditions nous venons vous proposer l'entente. »

Parler ainsi, ne serait-ce pas vraiment une dérision? et ne serait-ce pas aussi un malheur? appeler et éloigner en même temps?

Ces considérations devront frapper encore plus, si l'on réfléchit à l'état d'esprit des chrétiens schismatiques de l'Orient. Lorsqu'on traite avec les hommes, il faut bien savoir où ils en sont. Or, sur ce point, où en sont nos frères séparés?

Ils en sont restés précisément aux temps du schisme, au ix« siècle. Ils n'ont pas marché depuis. Ils ne connaissent

i. Mgr ManDing.

Ué LE CONCILE DU VATICAN.

pas les controverses qui se sont ag^itées sur ces matières dans TËglise occidentale. Us n'ont lu ni Bossuet, ni Bellarmin, ni Melchior Gano. Et, quelque conviction personnelle qu'on puisse avoir sur Tinfaillibilité du Pontife romain, il faut bien reconnaître que le e^^ siècle était loin d'être disposé à la définition d'un tel dogme. En fait, jusque-là, les Conciles étaient la grande forme de la vie de TÉglise ; il s'en assemblait sans cesse ; toutes les plus grandes définitions dogmatiques avaient été rendues en Concile. Les Grecs ne sont donc en rien préparés à la définition qu'on voudrait leur faire imposer par le Concile du Vatican. Ma conviction profonde est qu'un des effets certains, inévitables, d'une telle définition, serait de faire reculer bien loin la réunion des Églises orientales. Une telle considération ne paraîtra légère à aucun de ceux qui savent le prix des âmes.

Un fait récent montre si la crainte que nous exprimons ici est sans fondement : c'est la réponse faite à l'Envoyé du Souverain Pontife par le vicaire général du Patriarche schismatique de Constantinople. Parmi les raisons alléguées par lui pour décliner l'invitation venue de Rome, se trouvait celle-ci : que « l'Église grecque ne peut reconnaître Tinfaillibilité du Pape, et sa supériorité sur les Conciles œcuméniques' ».

Les schismatiques arméniens parlent le même langage, et j'ai eu sous les yeux un journal arménien qui prétend que si Rome les invite au Concile, c'est « pour leur imposer l'infailli* bilité du Pape » .

On dira peut-être : Mais de quoi vous préoccupez-vous? Les schismatiques ne veulent pas de l'union. Qu'importe entre eux et nous une barrière de plus? Je suis loin, pour ma part, de perdre ainsi l'espérance, et sans connaître les desseins de Dieu sur les peuples, je ne me crois pas permis de sceller ainsi la tombe de ces antiques nations chrétiennes, surtout quand je viens à penser que dans cette tombe, dans ce sol d'Orient, reposent des cendres comme celles des Athanase, des C]n:ille,

i. CiviUà caUolica, chronique du Concile. — Cité par Mgr rÉvôque de Grenoble.

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