‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 281 sur 536 · LIVRE m, DOCUMENT CCLXIII · texte numérisé non relu

LIVRE m, DOCUMENT CCLXIII

des Basile, des Grégoire, des Chrysostome, mêlées à celles des Paul, des Antoine, des Hilarion, des Pacôme, et de tant d'autres saints à jamais illustres.

Mais quand cela serait, quand aucun souffle de Dieu ni aucun effort des hommes ne devrait rappeler de Terreur qui les a perdus, ces vieux peuples de TOrient, non, alors même je ne croirais pas qu'il fût de la charité de Jésus-Christ et de la mission d'un grand Concile de les éloigner davantage, et de leur rendre le retour plus difficile.

J'ai eu souvent l'heureuse occasion de m'entretenir longuement des intérêts de ces antiques Églises avec les Évoques orientaux qu'il m'a été donné de rencontrer à Rome dans nos grandes réunions ; et en outre, une correspondance particulière, active, avec plusieurs d'entre eux, m'a permis de connaître un peu l'état des choses.

Ce que j'ai appris d'eux, c'est ceci : un grand désir du rapprochement. Oui, dans cet immobile Orient, beaucoup d'âmes sont travaillées par ces aspirations. £t, en même temps, elles éprouvent de vives susceptibilités pour les moindres détails de leurs vieilles coutumes : à combien plus forte raison pour ce qui est des grandes questions dogmatiques.

Certes, le Concile de Trente eut une tout autre conduite et des ménagements bien autrement dignes de l'Église de Jésus-Christ vis-à-vis des Églises orientales, et cela dans une question d'une capitale importance. Tout théologien sait comment, à la demande des ambassadeurs vénitiens, le fameux canon : Si guis dixerit Ecclesiam errare, chef-d'œuvre de prudence théologique et de charité, fut tempéré de manière, tout à la fois, à maintenir la vérité et à ménager les Orientaux.

La question est plus délicate encore en ce qui touche le protestantisme. Car le schisme oriental, du moins, admet l'autorité des Conciles œcuméniques, de ceux qu'il regarde comme tels,

et l'autorité de l'Église, dont il se persuade faire toujours partie. Tandis que le protestantisme n'admet pas cette autorité. Là, sur ce point précis et décisif, l'autorité de l'Église est la grande controverse entre lui et nous. Le protestantisme est avant tout la négation de l'autorité de l'Église. Dans ce principe de division est son essence, sa plaie fatale. Et c'est ce que beaucoup de nos frères séparés commencent à entrevoir. Ils sentent qu'un principe qui permet la division à l'infini, qui permet même de n'être plus chrétien tout en demeurant toujours protestant, ne peut pas être le vrai principe chrétien. De là ce travail qui se fait au sein du protestantisme, ces grands et consolants retours, dont surtout l'Angleterre et l'Amérique nous donnent le spectacle, et ces aspirations vers l'union, qui sont, je le sais, au cœur de tant de protestants.

Qui, parmi nous, ne compatit à ce travail et à ces souffi*ances de tant d'âmes? Qui ne les appelle avec amour? Qui ne prie avec elles? car elles prient, je le sais encore, pour ce grand et suprême intérêt, l'union des Eglises chrétiennes. « Nous sommes», me disait à Orléans même le docteur Pusey, il y a deux ans, « huit mille en Angleterre, qui prions, chaque jour, pourTunion. »

Ah ! si les rapprochements tant désirés parvenaient enfin à se faire! Si l'Angleterre surtout, la grande Angleterre, se retournait un jour vers nous! De toutes les réconciliations que le monde a vues, ce serait assurément la plus heureuse et la plus féconde. Je le disais, dans ce livre de la Souveraineté pon^ tificale, écrit en quelque sorte sous le feu des luttes pour les Saint-Siëge, je le disais avec confiance aux Anglais maîtres d'eux-mêmes et de leurs préjugés : <r Vous avez été, il y a trois siècles, les plus redoutables ennemis de l'unité : quel honneur il y aurait pour vous à ramener en Europe l'unité ! Cet étendard de la catholicité chrétienne, comme il siérait à vos mains de le relever et à vos vaisseaux de le porter par delà les mers sur toutes les terres que vous visitez ! Heureux ceux à qui il sera donné de voir ces temps meilleurs, qui peut-être ne sont pas éloignés ! »

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