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LIVRE III, DOCUMENT CCLXIII

Ëh bien, le Concile a ranimé chez un grand nombre de nos frères séparés, et chez nous, ces espérances. Ah! sans doute, on doit le craindre, elles ne seront pas toutes réalisées. Mais, au moins, des retours partiels peuvent se voir et en grand nombre; surtout une puissante impulsion peut être donnée. Le temps, avec la grâce de Dieu, ferait le reste.

Que du moins le Concile, pour ceux à qui le Saint-Père adressait naguère ce pressant appel, ne devienne pas la plus dure des pierres d'achoppement !

Ne parlez donc plus de leur imposer préalablement, pour condition de retour, Tinfaillibilité personnelle et séparée du Pape ! Car ce serait Toubli de toute prudence comme de toute charité.

Les nouveaux catholiques, ai-je ouï dire, sont pleins de ferveur pour ce dogme. Oui, certains nouveaux catholiques peut-être. Mais je connais, moi, d*autres convertis, que Tannonce d'une définition a troublés. Je connais certains protestants, désireux de venir à nous, que cela seul fait reculer. J'en connais que cette définition repousserait absolument.

Il faut être, ce me semble, bien peu ou bien mal renseigné sur les dispositions actuelles de nos frères séparés, pour ne pas voir qu'on élèverait là, infailliblement, une nouvelle barrière, peut-être à jamais infranchissable, entre eux et nous.

Mais attendez-donc ! dirai-je aux impatients : les schismes et hérésies ne sont pas éternels. L'Église a bien attendu, sans cette définition, dix-huit siècles, et la vérité, gardée par elle, a été bien gardée.

Il est d'autres périls, d'un autre ordre, et très graves encore. Il faut calculer les conséquences que pourrait avoir un tel acte au point de vue des gouvernements modernes : c'est là une

politique, ou, pour mieux dire, une sagesse dont l'Eglise no peut se départir. Je sais que beaucoup d'Évèques, et des plus courageux, en sont préoccupés.

Et certes, non sans c^use ; car il y a de sérieuses raisons de craindre, à ce point de vue encore, que les inconvénients possibles de la définition ne soient très considérables.

Voyons les faits : examinons Tétat vi*ai de TEurope.

Sur les cinq grandes puissances européennes, trois ne sont pas catholiques : la Russie, la Prusse et l'Angleterre. Je ne parle pas ici de TÂmérique et des États-Unis. Et parmi les États secondaires de l'Europe, un grand nombre aussi appartiennent au schisme et à Fhérésie : la Saxe, la Suëde, le Danemark, la Suisse, la Hollande, la Grèce. Qui ne sait quels ombrages tous ces gouvernements nourrissent encore contre rÉglise? Or je pose simplement la très grave question que voici : croit-on qu'une définition de l'infaillibilité personnelle du Pape soit de nature à dissiper ces ombrages? Quand, par un préjugé invétéré, qu'on ne détruira pas en l'aggravant, ces gouvernements regardent le Pape comme un souverain étranger, croit-on, de bonne foi, que déclarer le Pape infaillible, ce sera rendre meilleure la position des catholiques dans tous ces pays? Croit-on que la Russie, que la Suëde, que le Danemark en deviendront plus doux pour leurs sujets catholiques? Leurs haines contre Rome en seront-elles apaisées, et le rapprochement rendu plus facile?

Si quelqu'un était tenté de traiter à la légère, comme chimériques, ces craintes sur les dispositions des gouvernements non catholiques, je rappellerais ici simplement les faits contemporains. Pourquoi donc, en 1826, les Archevêques et Évèques catholiques d'Irlande, et ceux d'Angleterre et d'Ecosse, ont-ils été obligés de signer les deux déclarations que j'ai sous les yeux?

Dans Tune, les Archevêques et Évêques catholiques d'Angleterre et d'Ecosse, placés en face de ce grief : « On accuse les catholiques de partager leur fidélité entre leur souverain temporel et le Pape, » y répondent longuement; et dans l'autre, les Archevêques et Évêques catholiques d'Irlande sont forcés d'en venir à protester qu'ils ne croient pas « qu'il soit licite de tuer une personne quelconque, sous prétexte qu'elle serait héré-

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