‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 283 sur 536 · LIVRE m, DOCUMENT GGLXIÏI · texte numérisé non relu

LIVRE m, DOCUMENT GGLXIÏI

tique » : souvenir exagéré, mais évident et permanent, des bulles lancées contre Henri VIII, et de plus, ceci est à remarquer, « qu'il n'est pas exigé d'eux de croire que le Pape est infaillible ».

Qu'on se récrie tant qu'on voudra sur l'injustice de ces ombrages et de ces préventions, de telles déclarations solennelles imposées à TÉpiscopat d'un grand pays démontrent assez quelle est la puissance de ces préventions. J'ai lu cette déclaration des Évêques d'Irlande, je dois le dire, la rougeur au front. Combien ils ont dû souffrir d'avoir à repousser et de trouver vivantes dans leur pays de pareilles défiances qui s'attaquaient à tout ce qu'il y a de plus sacré dans la conscience, de plus délicat dans l'honneur !

En veut-on d'autres preuves encore? On sait les lois atroces qui restèrent si longtemps suspendues sur la tète des catholiques d'Angleterre et d'Irlande, et qu'ils ont eu tant de peine à faire abolir. Eh bien, quand le célèbre Pitt, à latin du siècle dernier, dans une pensée politique que je veux croire généreuse, songea, pour la première fois, à délivrer de ce joug les catholiques, qu'est-ce qui obsédait et arrêtait tout court l'homme d'État anglais? La puissance pontificale, les souvenirs des démêlés des Papes avec les couronnes. C'est pourquoi, avant tout, il voulut savoir quelles étaient, sur ce point, les doctrines catholiques, et il s'adressa, dans ce but, à toutes les plus savantes Universités de France, de Belgique, d'Espagne et d'Allemagne.

J'ai sous les yeux les réponses des Universités de Paris, de Douai, de Louvain, d'Alcala, de Salamanque, de Yalladolid : toutes, se plaçant au point de vue du droit divin, et laissant de côté, par conséquent, ce qui a pu être le droit public d'un autre âge, répondent expressément que ni le Pape, ni les Cardinaux, ni aucun corps ou individu de PÉglise romaine, n'ont, de par Jésus-Christ, aucune autorité civile sur l'Angleterre, aucun pouvoir de délier les sujets de Sa Majesté Britannique de leur serment de fidélité.

Cette doctrine, professée alors par les plus grandes Universités de l'Église catholique, pouvait rassurer Pitt sur la doc- IV. 29

irine contraire professée dans des bulles célëbres, il foat le dire, par plus d'un Pape. Mais supposez la Papauté déclarée infaillible : cette définition dogmatique de l'infaillibilité du Pape ne serait-elle pas de nature à raviver les vieilles défiances? Certes, on peut le craindre, et voici pourquoi :

Les gouvernements non catholiques, en effet, ne croiront pas à cette infaillibilité ; et ce pouvoir immense, reconnu dogmatiquement au Pape, le Pape, selon eux, en pourra abuser, en outrepasser les limites. Mais, ce qui sera grave à leurs yeux, leurs sujets catholiques y croiront, et seront obligés de se soumettre à toutes ses décisions, même les plus abusives au point de vue de ces gouvernements non catholiques : comment ne pas voir que dès lors le pouvoir pontifical leur semblera bien plus redoutable et plus odieux ? Us ont déjà, ils conservent contre TÉglise les défiances ombrageuses que chacun sait : combien plus suspecteront-ils le Pape infaillible, c'est-à-dire un seul homme, qui, à leur point de vue, leur offrira bien moins de garanties que l'Église, c'est-à-dire que les Évoques de leur pays et de tous les pays ?

Et les gouvernements des nations catholiques elles-mêmes, de quel œil verront-ils proclamer le dogme nouveau ? C'est ce qu'il faut se demander aussi, car, enfin, les gouvernements ne se regarderont jamais comme désintéressés dans la question. Qui leur persuadera qu'elle ne les regarde pas?

Ici encore, pour apprécier sans illusion et selon la vérité les conséquences de la définition dogmatique annoncée, et sollicitée avec tant de bruit par des journalistes qui, certes, devraient cesser, l'heure en est venue, de se mêler dans les affaires les plus intimes, les plus graves et les plus réservées de l'Église, plaçons-nous dans la réalité des choses, dans les faits; voyons ce qui est et ce qui sera.

Le grand fait, malheureux» mais incontestable, et plus que

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