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LIVRE III, DOCUMENT CCLXIII

jamais subsistant, le voici : c'est que les pouvoirs publics, même chez les nations catholiques, sont pleins d'ombrages contre l'Église. C'est ce que toute l'histoire proclame ; car rhistoire est pleine des conflits entre les deux puissances.

Mais que parlé-je du passé? A Theure même où j'écris ces lignes, est-ce que trois des quatre grandes puissances catholiques de l'Europe, l'Autriche, l'Italie et l'Espagne, ne sont pas engagées plus ou moins dans de tristes luttes avec l'Église ? Et chez nous-mêmes, d'un moment à l'autre, ne peut-il pas surgir un litige ? Et ce mot ne serait-il pas encore trop doux dans la terrible éventualité de telle révolution possible ?

Voilà la situation : les gouvernements catholiques ont été, sont ou peuvent se trouver de plus en plus en conflit avec l'Église.

Certes, nul plus que moi ne déplore ces redoutables conflits, quand ils se produisent; et, si peu de goût que j'aie pour ces luttes, peut-être ai-je montré, on me pardonnera de le rappeler, que je ne suis pas de ceux qui reculent alors et faiblissent ! Mais là n'est pas la question ; et que les gouvernements soient ou non coupables, ce n'est pas non plus de cela qu'il s'agit. Il s'agit de savoir de quel œil, aujourd'hui, les gouvernements verraient déclarer le Pape infaUlible.

Est-ce là une timide préoccupation ? Et l'Église doit-elle, dans ses Conciles, ne consultant que les principes de sa pleine indépendance à l'égard des gouvernements humains, agir, décréter, définir, même sur les questions pratiques les plus délicates, comme si les gouvernements n'existaient pas, et sans s'inquiéter, en aucune sorte, de savoir si ses actes les blesseront ou non au vif? Telle n'est pas, telle ne fut jamais, dans les choses qui ne sont point de nécessité, la coutume de la sainte Église.

Ah ! si d'un coup, et par une simple proclamation dogmatique, on pouvait couper court aux conflits, supprimer les vieux ombrages, et rendre, par décret, les gouvernements des nations catholiques dociles à l'Église et au Pape, comme des brebis^ cela en vaudrait la peine !

Mais s'en flatter, aujourd'hui surtout, serait la pltis chimérique des illusions.

Quelqu'un peut^il douter qu'une définition dogmatique de rinfaillibilité personnelle du Pape, loin de supprimer les défiances anciennes, ne ferait qu'en raviver les causes, ou, si Von veut, les éternels prétextes, en leur donnant une apparence de plus?

Quels sont, en effet, ces prétextes ? Certes, je ne prétends en rien justifier ici les gouvernements : presque toujours, presque partout, ils ont voulu opprimer l'Église ; mais il faut voir les hommes et les choses comme ils sont.

Il y a d'abord ici les souvenirs du passé.

En déclarant le Pape infaillible, pourront se demander les souverains, le déclarera-t-on impeccable ? Non. La déclaration qu'on provoque ne devant rien ajouter ni retrancher à ce qui est, à ce qui fut, ce qui s'est déjà vu se pourra voir encore. Or on a vu, il faut le dire avec respect et avec tristesse, mais il faut le dire, car l'histoire y condamne, et Baronius lui-même, le grand historiographe de l'Eglise romaine, nous enseigne qu il ne faut pas, en histoire, dissimuler la vérité*; or on a vu, dans cette longue et incomparable série des Pontifes romains, quelques Papes, en petit nombre, mais enfin il y en a eu, des Papes qui se sont montrés faibles, des Papes ambitieux, des Papes entreprenants, confondant le spirituel et le temporel, affeciant des prétentions dominatrices sur les couronnes. On n'est pas assuré d'avoir, dans toute la suite des siècles, un Pie IX sur le trône pontifical.

N'est-il pas naturel de penser que, si le Pape est prodamé infaillible, ces réflexions se présenteront d'elles-mêmes aux gouvernements d'aujourd'hui? Et déjà n'est-il pas inutile, et, je l'ajouterai, très dangereux de réveiller de tels souvenirs? Certes, ce n'est pas moi qui les réveille ! mais pourquoi d'imprudents avocats de la Papauté se donnent-ils tous les jours la triste mission de les réveiller et de les envenimer?

1. Et il suffit de lire dans ses Annales l'histoire du x» siècle pour voir que lui-même ne la dissimule pas.

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