LIVRE III, DOCUMENT GGLXIII
pour proclamer un dogme qui, suivant eux, peut avoir de telles conséquences !
£t ils pourront être d'autant plus induits à considérer la définition de l'infaillibilité du Pape comme une consécration implicite de ces doctrines si redoutées, que ces doctrines sont loin d'être abandonnées. Sans cesse les journaux, qui se donnent parmi nous comme les purs représentants des principes romains, étalent ces théories dans leurs colonnes, les établissent à grand renfort d'arguments, et vont même jusqu'à signaler, comme entachée d'athéisme, la doctrine à laquelle tiennent si fort les souverains, catholiques comme non catholiques, de l'indépendance des deux puissances, chacune dans sa sphère.
Il y a très peu de temps que nous lisions, citées avec éloge par un journal français, les paroles suivantes, où Ton compare aux manichéens ceux qui soutiennent que les deux glaives ne sont pas dans la même main :
« Y aurait-il donc deux sources d'autorité et de pouvoir, deux fins suprêmes pour les membres d'une même société, deux buts divers dans l'idée de l'Être ordonnateur, et deux destinées distinctes chez un même homme qui est à la foisf membre de l'Église et sujet de l'État? Mais qui ne voit de suite l'absurdité d'un semblable système? C'est le dualisme des manichéens, sinon l'athéisme. »
C'était là aussi ce que prétendait l'abbé de Lamennais, dans les emportements de sa logique; et, contre le premier des quatre articles, il posait ce dilemme : ultramontain ou athée. Ces excès lui ont peu réussi. Et, au fond, sous ce rapport, les écrivains dont il s'agit ici sont de l'école de Lamennais. Mais plus ils reprocheront aux gouvernements de ne pas admettre la doctrine de la bulle Unam satictam^ et de tenir à cette indépendance des deux puissances, plus ils démontreront euxmêmes la force des répugnances et l'universalité des répulsions que je redoute.
Et quand je parle de l'indépendance des deux puissances, loin de moi la pensée de mettre en doute un seul instant la divine et certaine autorité de l'Église, pour définir, proclamer
et rappeler, aux gouvernemeiits comme aux sujets, les saintes et éternelles règles du juste et de Tinjuste. Mais là n'est pas la question, on le sait bien, et c'est trop évident !
Non, les vieilles susceptibilités ne sont pas près de disparaître ; un journalisme passionné a tout fait pour les ranimer : et nulle part, on le peut affirmer avec certitude, ni en France, ni dans la catholique Autriche, ni dans la Bavière et sur les bords du Rhin, ni dans Tapostolique Espagne, ni dans ce Portugal qui naguère chassait les sœurs de charité, les dispositions des gouvernements européens ne sont favorables à la proclamation du dogme annoncé.
L'heure vous paraît-elle donc venue de réveiller d'un bout de l'Europe à l'autre les haines contre le Saint-Siège?
Ou plutôt l'heure présente n'est-elle pas déjà pleine d'assez nombreux et d'assez grands périls?
Veut-on mettre à l'ordre du jour, dans l'Europe entière, la séparation de l'Église et de l'État?
Veut-on même faire courir au Concile d'autres chances? Que faudrait-il, dans l'état actuel de l'Italie et de l'Europe, pour amener les plus grands malheurs?
Il est impossible de se le dissimuler : il y a des esprits qui tiennent à pousser l'Église aux dernières extrémités.
Dans quel intérêt?
J'arrive maintenant aux difficultés théologiques, non précisément de l'infaillibilité pontificale, cette question, encore une fois, je ne la traite ni dans un sens ni dans un autre, mais aux difficultés théologiques de la définition; car ces difficultéslà, si elles sont vraiment sérieuses, sont aussi une forte raison contre l'opportunité.
Les journalistes qui semblent vouloir enjoindre au Concile de définir l'infaillibilité du Pape, et de la définir par acclamation, se doutentrils des conditions dans lesquelles le Concile aurait à faire cette définition? Certes, on ne le dirait pas, à 1^