LIVRE m, DOCUMENT GGLXIII
manière dont ils en parlent; comme ils ne se doutent guère de ce qu il y a d'étrange, de prodigieusement anormal et de tout à fait impossible dans le rôle qu'ils se donnent depuis six mois surtout, en s'ingérant, au point où ils le font, dans les affaires les plus intimes du gouvernement de TÉglise.
Je ne suis pas surpris, d'ailleurs, de leur extraordinaire imprudence. Ils ne sont pas théologiens. Vous, Messieurs, vous connaissez toutes les questions que je vais rappeler : elles vous sont enseignées dans nos écoles. Mais en même temps qu'on vous les enseigne, on vous apprend à ne pas en entretenir inutilement les fidèles. Prêtres, nous avons un double devoir, c'est d'étudier les choses obscures et de ne prêcher que les choses claires. Quant aux laïques, encore une fois, je ne leur reproche pas d'ignorer, mais je leur reproche d'agiter et de trancher les questions qu'ils ignorent. Ils ne savent pas à quelles difficultés ils touchent étourdiment, et je suis malheureusement obligé de les en avertir, en vous rappelant, à vous, Messieurs, ce que vous savez déjà.
« En matière si grave^ si délicate et si complexey dit avec une raison supérieure Mgr l'Évêque de Poitiers, on ne doit se laisser guider ni par Tenthousiasme, ni par le sentiment personnel; tous les mots doivent être pesés et expliqués, toutes les faces de la question examinées, tous les cas prévus, toutes les fausses applications écartées, tous les inconvénients ba* lancés avec les avantages *. »
Au reste, Mgr l'Évêque de Poitiers n'est pas le seul à parler ainsi. Parmi les théologiens, les plus grands partisans de l'infaillibilité avouent eux-mêmes les prodigieuses difficultés pratiques qui peuvent se rencontrer ici. Ce sont, disentils, des diflicultés inextricables, intricatissimx difficultates; et les plus habiles, ajoutent-ils, ont toute la peine du monde à s'en tirer; in quitus dissolvendis multum theologi peinliores laborant.
1° Difficultés tirées de la nécessité de définir les conditions
1. Homélie prononcée dans la chapelle de son grand séminaire.
de l'acte ex cathedra, tous les actes pontificaux n'ayant pas ce caractère ;
2^ Difficultés tirées du double caractère du Pape, considéré soit comme docteur privé, soit comme Pape;
3^ Difficultés tirées des multiples questions de fait qui se peuvent poser à propos de tout acte ex cathedra;
4^ Difficultés tirées du passé et des faits historiques;
5^ Difficultés tirées du fond même de la question ;
6^ Difficultés, enfin, tirées de Tétat des esprits contemporains.
La première chose à faire par le Concile, avant de porter ici une définition dogmatique, ce serait donc de déterminer les conditions de Tinfaillibilité ; car définir l'infaillibilité du Pape, sans préciser et définir les conditions de cette infaillibilité, ce serait ne rien définir, parce que ce serait définir trop ou pas assez.
Mais comment déterminer ces conditions ? Les théolo^eas en disputent, soit en théorie, in abstracto, soit in coticretOy et en fait. En un mot, quand et comment le Pape est-il infaillible? Voilà ce qu'il faudra déterminer. Mais c'est ici que les difficultés ne sont pas médiocres.
Le Pape, toutes les fois qu'il parle, est-il infaillible? Des théologiens Font pensé. Ou bien ne l'est-il que quand il parle, comme on dit, ex cathedra?
Mais c'est précisément pour définir les conditions de la parole ex cathedra que le Concile, s'il jugeait à propos d'entrer dans cette question, aurait fort à étudier et fort à faire.
Qu'est-ce, en effet, que la parole ex cathedra? quelles en sont les conditions? On discute là-dessus dans toutes les écoles : les uns exigent plus et les autres moins. Le Cardinal Orsi ne parle pas précisément comme le Cardinal Bellarmin, ni Bellarmin comme le Cardinal Cappellari, qui fut depuis le Pape Grégoire XVI.
Mansi parle, soit de « Conciles assemblés préalablement », soit de « docteurs appelés », soit de « congrégations instituées )> et de « supplications publiques » . Sans cela, dit-il, que Bossuet