LIVRE III, DOCUMENT CGLXIII
D'après ce théologien, TÉglise n'a pas le droit de mettre une restriction ni une condition quelconque, quant à la validité, à l'exercice de l'infaillibilité.
Un écrivain français, auteur d'un récent traité De Papa^ ne dit guère autre chose, et ne demande, pour que le Pape, parlant à l'Église universelle, soit infaillible, qu'une condition, non pas qu'il ait prié, non pas qu'il ait délibéré, étudié, consulté, mais simplement qu'il ait eu l'intention de faire un dogme, et qu'il n'ait pas été violenté.
M. Ward, nous l'avons vu, ne demande même pas que le Pape s'adresse à l'Église : qu'il s'adresse à un seul Évêque ou à un seul laïque, cela suffit.
Voilà donc de quelle sorte quelques-uns ne craignent pas, aujourd'hui, de traiter ces immenses questions !
Je dis quelques-uns^ et je prie qu'on veuille remarquer ce mot; car je ne voudrais pas que toutes les plus extrêmes théories parussent être, contre mon intention, mises au compte de toute la théologie catholique.
Eh bien, en présence de toutes ces opinions, le Concile déclarera-t-il qu'il y a une forme nécessaire, sous laquelle le Pape SERA TENU d'exercer son infaillibilité? ou bien la forme n'y ferait-elle rien? et le Pape sera-t-il infaillible, quand et de la manière qu'il jugera bon de l'être, sans avoir ni prié, ni étudié, ni consulté, et s'adressant au premier fidèle venu ?
Et, puisque déterminer en quelles circonstances le Pape est infaillible, c'est déterminer aussi dans quelles conditions il ne Test pas, il y aura donc à définir ici deux dogmes au lieu d'un : le dogme de l'infaillibilité et le dogme de la faillibilité? On déclarera, comme de foi, non seulement que le Pape est infaillible dans telles et telles conditions, mais qu'en dehors de ces conditions, il est faillible.
Et comment, encore une fois, s'y prendra-t-on pour fixer ces limites? Où sont-elles clairement dans l'Écriture ? Où sont-elles dans l'enseignement, si varié et si contradictoire ici, des théologiens? Quelles opinions va-t-on ériger en dogmes ou en hérésies?
Et si on ne le fait pas, dans quel inconnu va-t-on jeter l'Église?
Mais ce n'est pas tout : outre la question de droite il y aura la question de fait. Qui décidera, en fait, que telle décision du Pape remplit toutes les conditions d'un décret ex cathedra? Ce discernement sera-t-il facile? Non.
C'est ce que reconnaissent de bonne foi les partisans les plus avancés de l'infaillibilité pontificale. Le théologien anglais Ward, par exemple, dit expressément : « Puisque toutes les allocutions pontificales, toutes les lettres apostoliques, même les encycliques, ne contiennent pas les définitions ex cathedra, il faut regarder de pris pour discerner d'une façon suffisante quels sont ceux de ces actes où le Souverain Pontife doit être censé parler ex cathedra; et il faut y regarder de près dans les actes même ex cathedra^ c'est-à-dire dans les actes infaillibles, pour bien discerner ce qu'il enseigne ex cathedra^ c'est-à-dire infailliblement ^ »
Et ce discernement est si difficile parfois aux théologiens eux-mêmes que M. Ward reconnaît, avec une modestie qui l'honore, avoir commis et opiniâtrement soutenu une grave méprise, touchant la nature des actes pontificaux de diverses sortes, où avaient été flétries les propositions signalées plus tard dans une pièce récente émanée de Rome. Il avait cru et il affirmait que chacun des actes qui a fourni des propositions au recueil appelé Syllabus devait être regardé par cela seul comme ayant le caractère d'un acte ex cathedra. Ce qu'il confesse maintenant avoir été une grosse erreur.
L'histoire ecclésiastique, du reste, est pleine de faits sem* blables. Qu'on se rappelle certains actes considérables des Papes dans les temps passés, sur lesquels les théologiens ont
i . Circa bas igitur aUocutiones et litteras apostolicas adlaborandum est, ut satis dignoscatur in quibusnam earum Pontifex ex catbedra loqoi, et quidnam ex catbedra docere, jure censeatur.