‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 291 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CCLXIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CCLXIII

tant disputé et disputent encore, pour savoir s'ils sont, oui ou non, ex cathedra.

Quand le Pape Etienne condamna saint Gyprien dans la question du baptême des hérétiques, a-t-il parlé ex cathedra? Les uns affirment, les autres nient.

Quand le Pape Honorius, consulté sur la question du monothélisme par Sergius, Patriarche de Constantinople, et d'autres Évêques orientaux, écrivit ces fameuses lettres qui donnèrent lieu à tant de débats, a-t-il parlé ex cathedra? Les théologiens ont encore là-dessus vivement discuté.

Qui décidera alors? L'Église. Il faudra donc souvent en revenir, de fait, à une décision de TÉglise.

Et en effet, outre les deux questions de fait dont parle M. Ward, et qui se doivent poser à propos de tout acte ex cathedra : L'acte est-il ex cathedra? — Et s'il l'est, sur quoi porte précisément la définition? — il y en a une autre, pas si simple dans la pratique qu'on pourrait le croire d'abord, et que voici :

Ne se peut-il jamais rencontrer, par exemple, dans la suite des siècles, tel Pape de la liberté duquel on puisse légitimement douter?

Les plus zélés sont bien forcés de le reconnaître, et d'admettre, en présence de l'histoire, qu*un Pape, sous l'influence de la crainte, peut définir Terreur.

Yoilà donc, dans certaines circonstances, une troisième question de fait à constater : la pleine et entière liberté du Pape.

N'y en a-t-il pas une quatrième? car si un Pape, une fois déclaré infaillible, pouvait encore, même dans un acte ex cathedra, errer sous le coup de l'intimidation et de la crainte, ne le pourra-t-il jamais par entraînement, par passion, par imprudence? Les théologiens, partisans de l'infaillibilité, expliquent que non : Dieu, disent-ils, ne fera pas de miracle dans le premier cas pour empêcher un Pape faible de céder à la crainte ; mais il en fera toujours un dans le second pour empêcher un Pape passionné ou téméraire d'errer par imprudence ; et cela, ajoutent quelques-uns, même quand le Pape n'aurait pris aucune des précautions qu'on apporte d'ordinaire dans une

atTaire sérieuse ; ils savent qu'un Pape peut définir l'erreur par

faiblesse, pas autrement.

Voilà l'explication de ces théologiens. Mais je pose ici celte question : Sera-t-il toujours facile d'apprécier la contrainte qu'aura pu subir un Pape? Non : il peut se rencontrer des cas où une telle constatation soit chose fort délicate ; « et tous les cas doivent être prévus, » comme aussi, « toutes les faces de la question examinées».

Croit-on que la solution do toutes ces difficultés serait une mince besogne pour le Concile? Et ces écrivains quotidiens, qui en parlent si fort à leur aise, parce que les difficultés ne les inquiètent guère, ils ne les voient seulement pas, sont-ils autorisés, comme ils le font, & prescrire aux Ëvêques de s'en charger?

C'est bientôt fait de dire que la question, aujourd'hui, est jugée; mais les vrais théologiens, les théologiens sérieux, savent bien qu'au fond il n'en est rien; et que, si le Concile ici veut procéder avec la maturité et la gravité dont ces saintes Assemblées de l'Église ne se sont jamais départies, lorsqu'il s'est agi de proclamer les dogmes, de bien longs labeurs peuvent être réservés à ses délibérations.

La Tradition, quels que puissent être .ses témoignages, estelle donc unanime, sur ce point et l'histoire sans embarras? C'est sur ce terrain surtout que la définition de l'infaillibilité pontificale, si le Concile croyait devoir s'en occuper, l'entraînerait forcément dans les plus longues et les plus délicates recherches.

Par la définition, en effet, de l'infaillibilité personnelle du Pape, ce ne serait pas l'avenir seulement qu'on engagerait, ce serait aussi tout le passé. Car, si le Pape est infailhble, il l'a toujours été. La proclamation de ce dogme donnerait, d'un coup, le caractère de décisions infaillibles à tout ce que les Papes, depuis dix-huit siècles, ont jamais décidé, s'ils l'avaient fait dans les conditions et les formes que l'on aurait détermi-

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