LIVRE III, DOCUMENT GGLXIII. ili
marchent sur la tète ou sur les pieds. 11 n'y a, que je sache, aucune définition qui dise le contraire, et on n^est justiciable ici que du bon sens.
Évidemment, il y a dans FÉglise, en ce moment, bien des gens passionnés, et qui poussent & d'étranges excès ! Mais le Concile, nous en sommes sûrs, ne se laissera pas entraîner sur une telle pente.
Il y a plus d'un point encore oti il est à craindre que la proclamation du nouveau dogme, si elle avait lieu, ne trouble et n'embarrasse, dans l'esprit des fidèles, ce qu'ils ont cru jusqu'ici.
Comment, par exemple, leur persuader que cette définition n'entraînera pas, sinon en droit, du moins en fait et dans la pratique, un amoindrissement de l'Épiscopat?
Et d'abord, à ce point de vue, penseront-ils, que deviendront les Conciles?
Les Conciles ont été jusqu'ici une des grandes formes de la vie de l'Église, un de ses plus puissants moyens d'action. Ils ont commencé dès l'origine de l'Église, dès les temps apostoliques ; tous les siècles chrétiens, sauf les deux derniers, les ont connus. Il y a même de saints personnages, de grands esprits, des Conciles, qui ont réclamé ou décrété le retour périodique de ces saintes Assemblées. Il est vrai, la politique ombrageuse d'un régime qui n'est plus les avait rendues, dans les siècles derniers, plus difficiles ; mais les libertés modernes ont abaissé ces jalouses barrières ; les conquêtes de la science contemporaine, en abrégeant les distances, ont frayé partout des voies rapides aux Évèques du monde entier vers la Ville étemelle; et ces assemblées délibérantes, en même temps qu'elles sont devenues plus faciles, se trouvent plus en harmonie aujourd'hui avec les vœux des peuples chrétiens. Ne peut-on pas voir en tout cela des coïncidences vraiment providentielles ?
Mais, si le prochain Concile définissait l'infaillibilité du Pape, les fidèles ne pourraient-ils pas penser et se dire : A quoi
bon désormais les Conciles œcuméniques? Puisqu'uN seul, le Pape, « EN DEHORS DES ÉvÊQUES », pouFTa tout décidcF infailliblement, même les questions de foi, à quoi bon réunir les Évoques? A quoi bon les longueurs, les recherches, les discussions des Conciles ?
II est évident, en effet, que si le dogme nouveau, une fois proclamé, ne supprime pas en droit ces grandes Assemblées, à tout le moins, en fait, il en diminuera singulièrement Timpor tance.
Ainsi donc, on voudrait que le futur Concile fît un décret qui désormais supprimât ou amoindrit les Conciles !
Et que les Évèques décrétassent eux-mêmes, pour ainsi dire, leur abdication I
Mais ce n'est pas là le seul amoindrissement que TÉpiscopat semblerait subir aux yeux des fidèles. Ses plus essentielles prérogatives, sur lesquelles aucun catholique ne dispute, ne vont-elles pas, dans la pratique du moins, perdre singulièrement aussi de leur réalité ?
Et d'abord les Évêques sont juges de la foi : juges avec le Pape, bien entendu, mais vrais juges. Et toujours, jusqu'ici, ils ont eu une part effective dans les jugements et les définitions du' dogme; toujours ils ont décidé dans les Conciles commodes juges réels : Ego judicatis^ ego definiens^ subscripsi. Toujours ils ont été, comme le dit Benoit XIV, co-judices, juges de la foi avec le Pape.
Mais avec la nouvelle règle de foi, ne semblerait-il pas aux fidèles qu'il n'y a plus qu'un juge réel, et que les Évêques ne le sont plus sérieusement ? Leur coopération , antécédente ou subséquente, en effet, ne sera plus en rien nécessaire. Le jugement infaillible du Pape, comme dit Mgr Manning, sera complet et parfait en lui-même, « en dehors et indépendamment DK l'Épiscopat ». Ils pourrout ne plus entrer pour rien, si le Pape le veut ainsi, dans les jugements sur la foi. Alors il n'y aura plus, en fait, qu'un seul juge, le Pape.
Comment, en effet, lorsque le Pape aura proclamé, seul* ^n dehors de TÉpiscopat et sans les Évêques, un dogme de foif