LIVRE III, DOCUMENT CCLXIII
comment faire comprendre aux fidèles ces deux choses : que la sentence du Pape a immédiatement par elle-même, indépendamment de toute adhésion épiscopale, la force de chose jugée, et que les Évoques cependant restent vrais juges?
Quelle sentence peuvent-ils donc alors porter? — Une sentence de simple adhésion, dit-on. Mais cette sentence, du moins, sera-t-elle libre? Non, elle n'est pas libre, car ils sont obligés d'adhérer. Est-elle même requise? Non, elle n'est requise d'aucune façon, car la sentence du Pape est .obligatoire par ellemême, indépendamment de toute adhésion de l'Épiscopat.
Je me demande si, dans ces conditions, les fidèles considéreront toujours les Évêques comme de vrais juges?
Que serait en effet, à leurs yeux, un tribunal dont le président aurait le privilège de décider et de juger tout, tout seul, de telle sorte que les autres juges seraient obligés de juger comme lui? Le seul vote du président suffirait : la sentence des autres serait faite par la sienne, nul ne pourrait juger après lui autrement que lui ; et l'adhésion de ses collègues ne serait même pas requise pour la décision.
Évidemment un tel tribunal paraîtrait dérisoire, et de juges, en réalité, on n'en verrait qu'un.
Les théologiens peuvent argumenter et distinguer ici. Mais les fidèles, ce grand public qui n'entend pas les distinctions théologiques, où en sera-t-il?
Sans doute le Pape est le juge principal, et son jugement est toujours indispensable. Non seulement il préside le tribunal, mais il confirme le jugement des autres juges. Dans les tribunaux ordinaires, la voix du président est ordinairement prépondérante ; mais dans l'Église, la voix du Pape est de plus nécessaire, et le jugement des Évêques, même dans un Concile œcuménique, n'est définitif que quand celui du Pape s'y ajoute. En un mot, dans la définition de la foi, les Évêques et le Pape ont respectivement leur part nécessaire. Cela serait-il encore vrai pour les Évêques, aux yeux des fidèles, quand le Pape, déclaré infaillible, jugerait seul ?
Continuons, Messieurs, en nous plaçant toujours au point de vue des fidèles, à rechercher et à examiner quels peuvent être les inconvénients probables de la définition dogmatique en question.
En même temps que juges, les Évèques sont doctkurs. Tous les catéchismes disent cela. Les paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ sont formelles. C^est aux Apôtres, et par conséquent aux Évèques, successeurs des Apôtres, qu'il a été dit : Euntes docete omnes gentes,.. Ecce ego vobiscum stimomîùbus diebus. C'est aux Apôtres, et par conséquent aux Évèques, successeurs des Apôtres, que Jésus-Christ a dit encore : Accipiie Spiritum Sanctiimy etc. Et enfin : Qui vos audit, me audit. Ce sont là autant de paroles que tous les fidèles savent par cœur.
C'est pourquoi saint Paul dit : Fundati estis super fundamentum Apostolorum. — Posait Episcopos regere Ecclesiam.
Toute la Tradition a constamment assimilé ici les Évèques aux Apôtres, et le Concile de Trente, résumant toute la Tradition, dit expressément : In locum Apostolorum successerunt^ en parlant des Évèques.
Ainsi donc, les Evèques ne sont pas seulement des échos, ils enseignent : ils constituent, avec le Pape, TÉglise enseignante.
Mais avec Tinfaillibilité personnelle du Pape, sans le concours des Évoques, « en dehors et indépendamment du Corps ÉPiscoPAL », c'est, aux yeux des fidèles, un seul qui définit, un seul qui enseigne, un seul qui est docteur, comme il est seul juge.
Et les Évèques ne semblent plus des voix dans l'Église, mais de simples échos.
L'adhésion du corps enseignant pouvant n'entrer pour rien dans ce qui est l'essence du jugement doctrinal, comment les fidèles comprendront -ils que ce corps enseignant enseigne ?