LIVRE III, DOCUMENT CCLXIII
Déplus, Messieurs, qu'est-ce que l'enseignement de PÉglise? Un témoignage. Ni le Pape ni TÉglise ne font le dogme : ils le constatent. La Révélation est un fait ; les vérités révélées sont des faits. Et un jugement doctrinal n'est au fond que l'attestation d'un fait révélé. Or, quand c'est l'Église, assemblée ou dispersée, qui prononce le jugement, c'est là quelque chose que les fidèles conçoivent sans peine, quelque chose où l'assistance divine est requise, sans doute, mais tout à fait conforme à la nature des choses, à l'harmonie même de l'Église, telle que Jésus-Christ Ta constituée. C'est un témoignage, attesté par tous ceux qui sont les témoins ; ce sont les Églises particulières, attestant, par le fait même qu'elles témoignent, la foi de l'Église universelle. Quand toutes les Églises, quand le corps des Pasteurs, unis à leur Chef, a parlé, par là même, la foi de l'Église est constatée : ce qui n'était qu'implicite est devenu explicite, et le dogme est défini. Et la grande maxime catholique se réalise : Quodubique, quod semper, quod ah omnibus. Les fidèles comprennent facilement cela.
Tandis qu'un jugement doctrinal du Pape seul, sans que l'adhésion de l'Épiscopat n'y fût à aucun point de vue requise, se présentera à eux sous un autre aspect, ce sera, dans une question de témoignage, un témoin qui pourra, quand il le voudra, remplacer tous les autres : un seul témoin, au lieu de tous : un témoin qui n'a aucun besoin, s'il le trouve bon, des autres témoins, ni de leur témoignage, pour savoir ce qui est la tradition et la foi de leurs Églises.
C'est-à-dire qu'à quelque chose de très simple et de très compréhensible, dans Tordre spirituel, on substituerait, aux yeux des fidèles, quelque chose d'extraordinaire, d'anormal, un miracle perpétuel, et bien autre que celui de l'infaillibilité de l'Église.
Ici du moins, s'il y a encore miracle, les fidèles conçoivent que ce miracle est absolument nécessaire, et impliqué dans la notion même de FÉglise : sans l'infaillibilité dans l'Église, pas d'Église. Mais ils conçoivent moins la nécessité de ce miracle pour le Pape seul, parce que, sans l'infaillibilité personnelle et
séparée du Pape, TÉglise se comprend encore parfaitement : l'infaillibilité de TÉglise pourra toujours suffire à tout, comme elle y a toujours suffi.
Les fidèles savent très bien que, dans ce grand et universel témoignage de T Église, le Pape est témoin, principal témoin, témoin de la principale et souveraine Église, de celle qui, placée au centre, communique avec toutes les autres, comme toutes les autres doivent communiquer avec elle.
Mais jusqu'ici les fidèles n'ont pas cru que le Pape fût dans l'Église le seul témoin.
Désormais, prononçant seul, il le serait, quand il voudrait.
On dit bien, et il faut le dire : Vbi Petrus, ibi Ecclesia, C'est là un grand mot de saint Ambroise. Mais on abuse quelquefois de ce mot étrangement. A entendre certains écrivains, dont les exagérations, assurément, ne plaisent ni au Pape, ni guère à personne, on dirait que le Pape est à lui seul toute l'Église. Non, le Pape est le chef de l'Église; il n'est pas toute l'Église. Le mot Église est un mot collectif, qui ne peut s'entendre d'aucune individualité séparée, quelle qu'elle soit. L'Église de Jésus- Christ a pour chef nécessaire le Pape, et il n'y a pas d'Église de Jésus-Christ sans le Pape : ce serait un corps sans tète. Mais le Pape n'est pas et n'a jamais prétendu être toute l'Église. Le vrai et légitime usage pratique de ce mot célèbre, c'est que, dans les divisions produites par les schismes et les hérésies, pour reconnaître où est l'Église, il faut regarder où est le Pape. C'est ainsi que nous sommes certains que l'Église russe, l'Église anglicane, ne sont pas l'Église de Jésus-Christ, parce qu'elles n'ont pas le Pape avec elles; et au contraire l'Église catholique romaine est la vraie Église, parce qu'elle reconnaît le successeur de Pierre pour chef : Ubi Petrus, ibi Ecclesia.
Ne paraissons donc pas, Messieurs, séparer, aux yeux des