LIVRE III, DOCUMENT CGLXIII
fidèles, par une définition qui les troublerait^ ce qui ne doit pas être séparé : le Pape et TÉpiscopat.
Certaines écoles théologiques ont eu longtemps ici le même tort, en sens contraire : les uns voulant séparer le Pape de rÉpiscopat, et les autres FÉpiscopat du Pape.
L'Église est un corps vivant : Corpus. C'est là le mot sans cosse répété par saint Paul, qui s'applique à montrer dans ce corps mystique les rapports de la tête et des membres, et l'harmonie de l'organisme tout entier.
Le Pape est la tête, le chef visible de l'Église.
Mais si l'on met la tète d'un côté et le corps de l'autre, où sera la vie?
L'Église est un édifice : xdificabo Ecclesiam meam; pourquoi vouloir isoler le fondement de l'édifice, et Tédifice du fondement ?
L'Église est bâtie sur la pierre; oui, mais au-dessus de la pierre il y a l'édifice, et la pierre n'est le fondement que. par sa liaison avec l'édifice : Super kanc petram aedificabo Ecclesiam meam.
Certains disent : Pierre est tout. Évidemment non, le chef n'est pas tout le corps.
Il est le fondement, il n'est pas tout l'édifice.
L'édifice sans le fondement croulerait; le fondement sans l'édifice ne serait le fondement de rien.
Point donc de séparation. Messieurs, ni germaniste, ni romaniste, ni gallicane, ni ultramontaine, ni dans les définitions dogmatiques, ni autrement : Jésus-Christ a voulu autre chose : Unum sint.
Laissons là les vieilles et vaines querelles I
Les fidèles ne comprennent que l'Église avec son Chef suprême, et le Chef avec l'Église.
Cette conception de l'Église ne nuit du reste en rien à la divine autorité et à l'initiative souveraine du Pontife romain.
Successeur de Pierre, Vicaire de Jésus-Christ, en qui réside la plénitude de la puissance apostolique, Chef de tous les
Ëvêques, Pontife de la chaire principale, en laquelle toutes les autres gardent Tunité, Pasteur universel non seulement des brebis, mais aussi des Pasteurs, bouche de FÉglise, clef de voûte de la catholicité :
Voilà le Pape, voilà la tète de PÉglise enseignante.
Et voici les Évoques : successeurs des Apôtres, juges et docteurs, avec lesquels Jésus-Christ est chaque jour et jusqu'à la consommation des siècles; Pasteurs des peuples, sous l'autorité supérieure et principale du Pontife souverain : posés par VEsprit-Saint pour régir VÉglise de Dieu et enseigner toutes les nations.
Telle est l'économie toute-puissante de cette mystérieuse et vivante unité de TÉglise, où tout est divin, parce que tout est un, et où l'assemblage et la correspondance sont tels que chaque partie, quand elle est à sa place, participe à la force du tout.
Non, n'étonnons pas les fidèles en portant la critique sur cette divine constitution; ne creusons pas autour et au-dessus de ces fondements sacrés : que personne ne sépare ce que Jésus-Christ a fait pour demeurer éternellement uni.
Ah! que plutôt, nous serrant tous plus que jamais avec vénération, obéissance et amour, autour du Souverain Pontife, nous éloignions de nous jusqu'à Tombre même de la division! Que tous, nous oubliant généreusement nous-mêmes, et sacrifiant à rÉglise nos préoccupations personnelles, nous travaillions unanimement à la conservation de cette paix et. de cette unité où Dieu habite ! C'est alors, mais alors seulement, que nous présenterons au monde le spectacle de cette grande armée rangée en bataille^ dont parle l'Écriture : invincible, parce qu'elle est rangée. Et c'est alors aussi que, par Texemple non moins que par la doctrine, nous offrirons à la société en péril le secours de Dieu qu'elle attend, et cette dernière ressource de vie qu'elle appelle à grands cris.