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LIVRE III, DOCUMENT GGLXIII

Voilà, Messieurs, bien des détails de théologie que j'aurais voulu éviter : je les destine au clergé, mais ils tomberont aussi sur le grand chemin, sur la pierre et parmi les ronces, au milieu des oiseaux moqueurs, des ennemis et des ignorants. Du reste, que nul ne s'étonne des opinions agitées dans nos écoles. Cette diversité, ces discussions entre théologiens, prouvent la liberté, indubiis libertas, et aussi la charité, in omnibus caritas. Mais quand il faut arriver aux décisions nécessaires, sur lesquelles l'accord doit se faire, in necessariis unitas, nous ne sommes pas alors des philosophes qui disputent, nous sommes des docteurs qui enseignent et des témoins qui déposent.

Or nous devons nous consumer en réflexions, en distinctions, en scrupules, avant de donner quelque chose à porter à vos esprits ou à vos consciences, hommes légers qui vous moquez d'un labeur entrepris pour vous ! Vous ne vous plaignez pas des calculs minutieux des astronomes et des marins, avant de vous embarquer, ni des investigations du juge qui tient votre sort entre les mains. Les théologiens méritent aussi vos respects dans des recherches qui regardent vos âmes et la vérité. Ne vous moquez pas et ne vous troublez pas. Au lieu d'écouter aux portes de nos écoles, entrez dans cet admirable temple de la vérité chrétienne, dont dix-neuf siècles n'ont pas arraché une pierre, là où l'on rencontre cette alliance linîquo de l'assistance de Dieu et do l'unanimité des témoignages, qui s'appelle l'Église : semblable en quelque sorte au système lumineux du monde, qui se compose d'un principal foyer, d'astres sans nombre et d'une seule et même lumière en tous lieux répandue. Dans l'éclat d'un midi tranquille, un seul foyer semble répandre la lumière, mais si la nuit ^s'obscurcit, ou voit au firmament des astres innombrables, afin que l'homme puisse toujours se conduire, mille rayons se fondant sur sa tète dans une seule clarté.

Je voudrais résumer toute cette longue série de questions et exprimer clairement Tétatde mon âme.

Nous avons bien des combats, et c'est la vie ! mais sur cette grande question de TÉgiise, nous avons la paix. Nul catholique ne doute de Tinfaillibilité de TÉglise; comme nul ne doute de la primauté du Pape, qui institue les Évêques, convoque les Conciles, propose les décrets, confirme les décisions; nul ne doute de la perpétuité, de l'unanimité de la Tradition sur tout cela, depuis dix-neuf siècles. Tous les fidèles, après avoir lu rÉvangile, consulté l'histoire, écouté leurs Pasteurs, récitent du fond du cœur : Credo Ecclesiam, unam, sanctam, catholicams apostolicam. Et de fait, entre les témoignages des Évèques, des Papes, des Apôtres et du Christ, depuis le commencement, il y a un accord infaillible, et Dieu même est dans cet accord.

Tout à coup quelques-uns se sont mis à demander en qui réside originairement dans cette Église l'infaillibilité? Et les yeux fixés sur un fait merveilleux, on se met à agiter des questions. Devant un fait, on se plaît à remuer les hypothèses. Devant une solution, les éléments du problème sont remis en doute, et un procès jugé, terminé par un accord admirable, est repris, ranimé, remis au feu ! Aussitôt, et à l'énoncé du problème, l'homme ennemi se réveille, et les fidèles sont déconcertés, rOrient arrêté, les protestants refoulés, les gouvernements inquiets, les plus tristes pages de l'histoire du passé remises en lumière, les Évêques attristés, la paix des âmes compromise, et la voie du salut rendue plus difficile. Pourquoi î dans quel intérêt? avec quel profit?

Demain, quelle que fût la conduite adoptée, qu'arriverait-il? Ce qu'on ne discutait pas serait discuté, ce qu'on oubliait serait reproduit, et une fois l'habitude des discussions reprise, plus de paix!

Eh bien, non! nous ne nous réunirons pas pour substituer la division à l'unanimité, la dispute à l'amour.

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