LIVRE IIÏ, DOCUMENT CGLXVIII
à des « journalistes » que d'en raisonner si longuement et si ardemment, et l'on ne peut guère admettre, par respect pour les Évêques, qu'il faille tant défendre leur raison contre l'influence dos journaux. Mais, enfin, YUnivers n'y a point donné lieu.
La Civiltà caitolica, dont les auteurs ne sont pas ce que l'on peut appeler des journalistes, a simplement accueilli une correspondance de France où l'on parlait du vœu d'un grand nombre de catholiques français pour une définition par acclamation.
Sauf ce cas, nous n'en connaissons qu'un autre où il ait été question.de l'acclamation, et, ici, nous n'avons pas en présence un journaliste, mais un Évêque.
Dans son Instruction pastorale sur les Conciles généraux, ouvrage plein de science et de maturité, imprimé il y a cinq où six mois, Mgr Plantier, Évèque de Nîmes, touche en passant cette question qui tient à son sujet. Il la touche pour enseigner, suivant son droit, non pour enjoindre. Voici ce qu'il dit :
a On aurait tort de supposer que rien, dans le Concile, ne pourrait être dignement ni infailliblement voté par voie d'acclamation. L'Ësprit-Saint , pour attacher son assistance à rÉglise réunie, pour en couvrir les définitions ou les sentences de sa responsabilité suprême, n'exige pas rigoureusement sur les questions à trancher des débats préliminaires. Quelles que soient les formes de la procédure, dès qu'elle prononce sur UQ point de dogme ou de morale, il est là pour en ratifier la décision, qui ne peut pas être une erreur. Et la chose n'est pas difficile à concevoir. Quelques prudents, par exemple, ont peur qu'on proclame d'enthousiasme Tinfaillibilité doctrinale du Souverain Pontife parlant ex cathedra. Le Concile fera-t-il ce grand acte, ou ne le fera-t-il pas, c'est ce qu'ils ignorent, et nous ne rignorons pas moins nous-même. Mais ils craignent que, dans un pieux élan, les Pères attachent à la couronne du Pape ce diamant que d'autres Conciles, dit-on, n'osèrent pas y fixer. Kt quand il en serait ainsi, je demande où serait le malheur.
c( Cette question de l'infaillibilité dogmatique du Pape n'estelle posée que d'hier? N'est-elle pas, au contraire, agitée depuis
iOi LE, CONCILE DU VATICAJS.
des siècles? Ne Ta-t-on pas débattue dans tous les sens possibles? Quels sont les arguments pour et contre qu'on n'ait pas épuisés? Quelles sont les objections, même empruntées aux circonstances présentes ou se liant aux intérêts de Tavenir, qu'on n'ait pas fait passer par le crible de la discussion la plus approfondie? Et puisqu'il en est ainsi, puisque par là tous les Évêques du monde ont été mis à même d'avoir sur ce gi'ave sujet des convictions pleinement éclairées et fortement établies, pourquoi, si leur conscience croit à la certitude de ce privilège, ne le proclameraient-ils pas sans controverse ultérieure et par un cri spontané de cœur et de foi? N'y aurait-il pas de la réflexion, de la science et de la lumière jusque dans cette acclamation? Et pour quelle raison TEsprit-Saint refuserail-il de la prendre sous sa garantie? »
Ces paroles ne sembleront à personne indignes de la gravité, de la science et de la foi d'un Évêque, et ne font assurément aucune offense à l'Ëglise ni à la raison humaine. Convaincu de la divinité de l'Église et de l'assistance que lui donne toujours le Saint-Esprit, Mgr TÉvêque de Nîmes n'en parle pas comme on parlerait d'une œuvre de l'homme. Il croit que le Saint-Esprit peut se manifester au Vatican comme il s'est manifesté au Cénacle : Et repleti sunt omjies Spiritu Sancto, et cœpertmt loqui variis linguis, prout Spiritus Sarictus dabat eloqui mis. Il est à remarquer qu'aucune discussion ne précéda cette invasion de TEsprit de Dieu. L'enseignement seul du Maître avait précédé. C'est toujours la condition des Apôtres, et ce qui s'est fait dans cette première forme peut se faire encore. Il n'y a certainement rien de téméraire à le dire. Nous avons toujours la même Église, conduite par le même Esprit, et cet Esprit crée l'opportunité de ce qu'il fait, dans le moment qu'il le fait.
Quelle que soit la difficulté de toute définition dogmatique, il est certain pour la raison chrétienne que, quand le moment est venu. Celui qui a révélé le dogme, peut et doit en révéler l'expression, et il saura bien la faire accepter par toute intelligence de bonne volonté.
Nous disons ceci par occasion, car les (( journalistes » n'ont