LIVRE III, DOCUMENT CCLXXI
Ces pages ont rempli de douleur les vrais catholiques et réjoui tous les ennemis du Pape. Les Évoques allemands, nous dit rÉvêque d^Orléans, ont bien adressé à Pie IX une supplique pour le prier de ne pas laisser introduire devant le Concile la question de Tinfaillibilité pontificale.
D'abord ce fait, que le Prélat a lu dans le Mémorial diplomatique n'est pas absolument sûr. Mais, supposons qu'il le soit ; Mgr rÉvêque d'Orléans aurait dû, ce nous semble, imiter la conduite des Évêques de l'Allemagne. Malgré toute notre vénération pour Mgr Dupanloup, nous constatons avec peine que, le premier des Évoques catholiques, il a combattu publiquement et avec le plus grand éclat V opportunité à^ définir Tinfaillibilité pontificale.
(21 novembre 1869)
VUnilà eattoliea, se croyant comprise parmi ceux que FÉvéque d'Orléans accuse « d*ingérence téméraire », adresse pour sa défense une lettre à « l'illustre Évéque d'Orléans, Mgr Dupanloup ». L'auteur de l'article rappelle le principe, admis par tous les théologiens et reconnu dans une autre circonstance par le Prélat français lui-môme, de l'importance théologique du « sens commun des fidèles, dans les questions de foi ».
Monseigneur.
A peine si votre première lettre au clergé et aux fidèles d'Orléans, avant votre départ pour Rome, venait de paraître, que vous nous avez fait l'insigne honneur de nous en adresser un exemplaire avec ces mots : Hommage de l'auteur f F., Ev. dOrléans, Ce témoignage tout spécial de votre bienveillance excite notre plus vive reconnaissance. Mais comme nous sommes Tun des journaux: qui défendent Tinfaillibilité du Pape et désirent ardemment la voir proclamer dogme de foi, et que, pour ce motif, vous accusez dans votre seconde lettre, d'ingérence téméraire^ nous avons cru devoir écrire quelques mots pour notre défense. Nous vous les adressons très respectueu-
tm LE CONCILE DU VATICAN.
sèment, Monseigneur, afin que vous puissiez vous convaincre que vous n'avez pas accordé vos faveurs à des journalistes téméraires. Nous espérons ainsi que vous nous conserverez votre précieuse estime et votre inappréciable bienveillance.
Le sejis commun des fidèles dans les questions dogmatiques.
L'Évêque d'Orléans, dans sa lettre a sur la controverse relative à la définition de Tinfaillibilité au prochain Concile » s'élève vivement contre les organes de la presse qui désirent la promulgation de cette doctrine. La Civil ta cattolica et V Univers sont seuls nommés par le Prélat; mais la condamnation nous atteint également, puisque nous nous sommes rendus coupables du même délit d'ififférence téméraire. Ne nous sentant nullement disposés à faire amende honorable, nous sommes bien obligés de présenter notre défense. Elle sera facile, tout en restant respectueuse, et irréfragable, car elle s'appuiera sur l'autorité même de Mgr TÉvèque d'Orléans qui nous accuse et nous condamne.
Rappelons tout d'abord quelques principes théologiques. Mgr Dupanloup observe que les journalistes disent souvent des choses impossibles, parce qu'ils ne sont pas théologiens. Je ne suis point surpris de leur extraordinaire imprudence : ils ne sont pas théologiens. Grande vérité. Quand on n'est pas théologien mais journaliste ou quand on est beaucoup plus journaliste que théologien, et qu'on discute certaines graves questions, alors on va au-devant de faits d'une iinprudence extraordinaire. L'expérience le prouve.
Nous n'avons pas la prétention d'être des théologiens ; mais, nous devons le dire, il nous est arrivé de feuilleter des livres de théologie ; et nous y avons lu ceci : La proclamation d'un dogme est la déclaration d!un fait^ c'est l'équivalent de cette affirmation : Telle vérité est révélée de Dieu. Or ce fait s'appuie sur les saintes Écritures et sur la Tradition... Eh bien, les sources de la Tradition sont multiples ; les théologiens comptent parmi elles les croyances et les vœux des peuples.